Le gouvernement ferme la porte à une baisse des taxes sur les carburants
À ceux qui espéraient un geste du pouvoir exécutif pour soulager les automobilistes et les professionnels, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre chargée de l'énergie, a apporté une fin de non-recevoir catégorique. « Le scénario d'une baisse des taxes », qui pèsent pour 50 à 55 % du prix à la pompe, « n'est pas envisagé à l'heure où on se parle », a-t-elle affirmé sans ambages sur BFMTV.
Une discipline budgétaire stricte face à la flambée des prix
Astreint à une rigoureuse discipline budgétaire, le gouvernement de Sébastien Lecornu renonce, au moins pour l'instant, à prendre des mesures directes pour atténuer la nouvelle flambée des prix des carburants. Cette hausse soudaine est principalement causée par l'intensification des attaques au Moyen-Orient contre les installations énergétiques, perturbant les approvisionnements et faisant monter les cours.
« En revanche, on entend les difficultés, par exemple sur la trésorerie », de différents secteurs particulièrement exposés comme les transporteurs routiers ou les pêcheurs, a nuancé Maud Bregeon. Plusieurs ministres concernés ont réalisé ce jeudi un « point d'étape » approfondi. Il s'agissait, selon les explications gouvernementales, de :
- Poursuivre les efforts pour contenir les hausses de prix à la pompe.
- Lisser les évolutions sur le marché.
- Mobiliser les filières pour identifier des solutions collectives de protection de la trésorerie des entreprises les plus fragiles.
Des marges de manœuvre budgétaires très limitées
Pour le reste, l'exécutif se dit très contraint dans sa mance de manœuvre d'un point de vue financier. « Nous n'avons plus les moyens du 'quoi qu'il en coûte' », a souligné la ministre, en référence aux largesses de la période pandémique de Covid-19. Le gouvernement s'est en effet engagé à réduire son déficit public à 5 % du Produit intérieur brut (PIB). Maud Bregeon a rappelé avoir fait « le choix » dans le budget 2026 de « ne pas augmenter » les impôts des ménages, une ligne directrice qui limite les possibilités d'intervention.
La France « davantage protégée » grâce au nucléaire
La ministre a toutefois fait valoir un argument de poids : la France serait, grâce à son important parc nucléaire, « davantage protégée » que certains de ses voisins européens face à ces turbulences. Plusieurs pays ont en effet pris des mesures pour limiter la hausse des prix des carburants :
- L'Italie a adopté un décret visant à réduire, pendant 20 jours, de 25 centimes par litre le prix du carburant.
- La Grèce envisage un « plafond sur les marges bénéficiaires » des acteurs de la filière pour éviter la spéculation.
- L'Allemagne étudie une taxe sur les « surprofits » des groupes pétroliers.
Des propositions de l'opposition jugées « démagogues »
Le gouvernement a déjà écarté les propositions qu'il qualifie de « démagogues » émanant du Rassemblement national et de La France insoumise. Parmi elles :
- Une baisse de la TVA sur les carburants, qui coûterait environ 12 milliards d'euros aux finances publiques.
- Un blocage des prix, mesure qui porterait selon l'exécutif un « risque de pénurie » non négligeable.
Le Parti socialiste et les Écologistes demandent pour leur part des aides ciblées pour les ménages et professionnels les plus fragiles. La patronne de la CGT, Sophie Binet, a dénoncé jeudi devant la presse « l'immobilisme » du gouvernement face à cette crise.
En guise de conclusion, Maud Bregeon a laissé entrevoir une possible évolution si la situation venait à se prolonger. « Si la crise devait durer », le gouvernement est « prêt à faire évoluer les dispositions déjà prises », avait assuré le Premier ministre la semaine dernière lors de rencontres avec les partis politiques sur ce conflit économique. Une porte entrouverte, mais qui reste pour l'instant bien verrouillée par les contraintes budgétaires.



