La France est confrontée à un défi inédit : gérer des excédents de production d'électricité. En 2022, le pays a produit 445 térawattheures (TWh) d'électricité, tandis que la consommation nationale s'est élevée à 420 TWh, soit un excédent de 25 TWh. Selon Réseau de transport d'électricité (RTE), les exportations ont bondi de 70 % par rapport à 2021, atteignant 75 TWh. Cependant, cette situation soulève des questions sur la gestion du réseau et la rentabilité des centrales.
Les causes de l'excédent
Plusieurs facteurs expliquent cet excédent. La production nucléaire, historiquement élevée, a atteint 380 TWh en 2022, soit 85 % de la production totale. Par ailleurs, les énergies renouvelables, notamment l'éolien et le solaire, ont ajouté 40 TWh. La baisse de la consommation industrielle, due à la crise énergétique et aux efforts de sobriété, a réduit la demande de 5 % par rapport à 2019. « Nous avons une production qui dépasse régulièrement la consommation, surtout la nuit et le week-end », explique Xavier Piechaczyk, président de RTE.
Les conséquences pour le réseau
Les excédents posent un problème de stabilité du réseau. Pour éviter une surcharge, RTE doit parfois réduire la production des centrales nucléaires ou renouvelables. En 2022, 3 TWh d'électricité renouvelable ont été « écrêtés », c'est-à-dire non injectés sur le réseau. « C'est un gaspillage, mais nécessaire pour la sécurité du système », indique un porte-parole de RTE. Les exportations, bien que bénéfiques pour le commerce, ne suffisent pas à absorber tous les excédents, car les interconnexions avec les pays voisins ont une capacité limitée.
Les solutions envisagées
Pour mieux gérer les excédents, plusieurs pistes sont étudiées. Le développement du stockage, via des batteries ou l'hydrogène, permettrait de conserver l'électricité pour les périodes de forte demande. La flexibilité de la demande, avec des incitations pour les consommateurs à décaler leur consommation, est aussi encouragée. Enfin, RTE travaille sur le renforcement des interconnexions, notamment avec l'Allemagne et l'Italie, pour écouler les surplus. « Nous devons adapter notre système à une production de plus en plus variable et excédentaire », conclut Piechaczyk.



