Décarbonation maritime : « Les choses bougent mais pas assez vite »
Décarbonation maritime : « Les choses bougent mais pas assez vite »

Le transport maritime, qui assure 90 % du commerce mondial, doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 3 % à zéro d'ici 2050. Guillaume Branco, managing director chez Eurazeo, a détaillé les défis et les solutions lors du Blue Economy and Finance Forum (BEFF) de Monaco fin mai. Il insiste : « Les choses bougent mais pas aussi vite qu'on le voudrait. »

Un secteur critique mais méconnu

Le transport maritime, ou « shipping », transporte des matières premières et des biens manufacturés. Il est essentiel à l'économie mondiale, même s'il est souvent perçu comme un secteur de niche. « La plupart des choses qui nous entourent proviennent du maritime », rappelle Guillaume Branco. Des dizaines de milliers de navires acheminent conteneurs, pétrole, gaz, voitures et minerais.

Malgré cette importance, le secteur souffre d'une mauvaise image. « C'est notre rôle d'éduquer le public et les investisseurs sur l'importance et la richesse du transport maritime », explique-t-il. Un grand porte-conteneurs, bien que polluant, transporte 24 000 conteneurs : « Les émissions par unité transportée restent très faibles. » À moins de recourir au train, c'est le mode de transport le moins polluant par unité.

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Des solutions techniques et des investissements nécessaires

Le secteur émet 3 % des gaz à effet de serre mondiaux. Pour atteindre le « net zéro » en 2050, il faut des solutions techniques et technologiques, mais surtout convaincre les investisseurs. Eurazeo a créé un fonds de soutien il y a cinq ans pour lever des fonds et financer des PME européennes qui partagent les mêmes objectifs que les grands acteurs mais avec moins de moyens. « On a levé quelques centaines de millions d'euros », précise Guillaume Branco.

La période est charnière : un navire a une durée de vie de 25 à 30 ans. « Tous les navires commandés dans les prochaines années doivent avoir des solutions embarquées » pour être neutres en 2050. L'objectif intermédiaire est de réduire les émissions de 20 à 30 % d'ici 2030, un but « atteignable si on investit massivement ».

En attendant, des solutions simples existent : des voiles pour réduire les émissions, des peintures nouvelle génération qui limitent le frottement sur l'eau, et donc des gains de propulsion. Ces mesures, peu coûteuses, réduisent la facture et les émissions de CO2.

Quelles énergies pour l'avenir ?

Il n'y a pas de solution miracle. Pour le transport côtier, l'électricité est déjà utilisée en Europe du Nord, avec des infrastructures portuaires adaptées. L'hydrogène est une option, mais sa densité est un problème : « Pour une même quantité d'énergie, il faut 10 fois plus d'hydrogène », ce qui réduirait la capacité de transport sur les longues distances.

Pour les traversées océaniques, trois carburants sont envisagés : l'ammoniaque, le méthanol et le biofioul. Ils nécessitent 2 à 3 fois plus d'espace que le pétrole, mais restent viables. « On ne sait pas lequel sera choisi, donc les investisseurs sont réticents », admet Guillaume Branco. Une solution hybride pourrait émerger.

Pour accélérer, il faut une législation : une taxe carbone est en vigueur depuis le 1er janvier 2026 sur les émissions de CO2 des navires de grande taille. L'Organisation maritime internationale peine à s'accorder à l'échelle mondiale. Une meilleure coordination entre armateurs, producteurs d'énergie, distributeurs et ports est nécessaire.

Les mentalités évoluent, notamment chez les grands acteurs comme CMA CGM, qui a commandé de nombreux navires au gaz naturel liquéfié. « Les choses bougent mais pas aussi vite qu'on le voudrait », conclut Guillaume Branco. Il prône le pragmatisme : « Il vaut mieux évoluer petit à petit que de leur faire peur. »

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