Le blocage du chantier de la ligne 4 du tramway entre Nice et Cagnes-sur-Mer fait craindre un effondrement de l'emploi local dans le BTP. Patrick Moulard, président de la Fédération du BTP 06, tire la sonnette d'alarme : « C'est environ 90 salariés par mois pendant cinq ans. On ne claque pas des doigts pour mobiliser 90 personnes sur un chantier. » Il évoque « des risques de chômage partiel et des menaces avérées sur l'emploi à défaut de calendrier clair ».
Un marché notifié mais jamais démarré
Le marché principal d'infrastructures de la ligne 4, d'un montant de 54 millions d'euros, a été notifié en décembre 2025 au groupement Razel-Bec (avec Eiffage Route, Guintoli et Spie Batignolles). Pourtant, aucun ordre de service de démarrage n'a été signé. Ce chantier stratégique de 7,1 km de voie nouvelle doit relier Nice (Grand Arénas), Saint-Laurent-du-Var et Cagnes-sur-Mer. Son coût global a fortement dérivé, passant de 247 millions d'euros en 2019 à 403 millions d'euros dans le dossier de déclaration d'utilité publique (DUP).
Bien que la DUP soit juridiquement sécurisée par la confirmation du tribunal administratif de Nice en juillet 2026 et que 65 millions d'euros de crédits de paiement aient été mandatés au printemps 2026, l'opération est aujourd'hui au point mort. À l'été 2026, la Métropole a déclaré sans suite deux marchés clés : les équipements électriques (4 millions d'euros) en juillet, puis la voie ferrée et la signalisation (13,5 millions d'euros) en août.
Des divergences politiques au cœur de l'impasse
Au cœur de l'impasse figurent des divergences politiques et le changement d'exécutif métropolitain. Si le maire (Nouvelle Énergie) de Saint-Laurent-du-Var, Joseph Segura, milite pour le tramway, le maire (RN) de Cagnes-sur-Mer, Bryan Masson, s'y oppose et propose un bus à haut niveau de service. Durant sa campagne, Éric Ciotti (UDR) s'était engagé à respecter le choix des maires.
Exaspérées par cet attentisme, les entreprises de travaux publics évoquent même des actions de blocage de la Métropole si aucune réponse n'est apportée avant la présentation du plan pluriannuel d'investissement prévue à la fin de l'année 2026. « Nous avons besoin de transparence et de visibilité. Ce n'est pas un combat d'ordre politique, nous avons besoin de savoir », martèle Patrick Moulard.
Un effet domino sur les autres chantiers
Au-delà de la ligne 4 du tramway, c'est l'ensemble de la commande publique métropolitaine qui tangue, plongeant les entreprises locales dans une inquiétude grandissante. Selon Patrick Moulard, plusieurs opérations d'envergure connaissent des coups d'arrêt majeurs : « Le parking Pont-Michel est fortement remis en cause. L'aménagement du parking Vauban est compromis après trois appels d'offres infructueux. Les équipes de maîtrise d'œuvre de la piscine Camille-Muffat manquent totalement de visibilité. La consultation pour le palais des expositions a été déclarée sans suite. »
Plus grave encore pour le tissu économique local, les marchés récurrents à bons de commande de la Métropole (entretien routier, éclairage public, génie civil) enregistrent une baisse d'activité comprise entre -20 % et -90 % selon les secteurs. Dans les Alpes-Maritimes, l'activité des travaux publics baisse de -16 % et les mises en chantier de logements s'effondrent de -24 % selon les chiffres de la BTP 06. Un secteur d'activité qui compte 5 000 entreprises et 25 000 salariés.