Jean-Pierre, plus ancien bouquiniste de l'Esplanade à Montpellier, se confie
Jean-Pierre, doyen des bouquinistes de l'Esplanade, se confie

Jean-Pierre, le plus ancien bouquiniste de l'Esplanade De-Gaulle à Montpellier, l'affirme sans détour : « On en vit mais c'est dur ». Dans une interview accordée à Midi Libre, ce passionné de livres anciens, qui officie bénévolement pour l'association La Mémoire du Livre, dévoile les coulisses d'un métier méconnu, entre transmission culturelle et contraintes économiques.

Un autodidacte de la bouquinerie

« Il n'y a pas d'école de bouquiniste, ça n'existe pas ! », s'exclame Jean-Pierre, ancien photographe professionnel, qui a appris le métier sur le tas. « Au début, on commence par aller faire les puces », raconte-t-il. Sa spécialité : les recueils, volumes et opuscules anciens, mais aussi « la littérature jusque dans les années 90 ». Il regrette d'ailleurs que « aujourd'hui, les auteurs ne s'engagent plus ».

Chaque bouquiniste a sa propre personnalité, explique-t-il. « Philippe, le président de l'association, est plus livres modernes, pour enfant. On est vraiment des professionnels là pour répondre aux gens. » Jean-Pierre, lui, refuse de vendre des poches, sauf quelques exceptions qu'il donne aux jeunes « pour l'école, il faut qu'ils en lisent. Ça, c'est mon clin d'œil ».

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Un commerce qui résiste au numérique

Interrogé sur la concurrence du numérique, Jean-Pierre reste confiant : « Le livre, c'est pareil que la photo. Vous avez toujours la clientèle. » Il souligne que « Montpellier est certes une ville de jeunes mais de lettrés », ce qui lui permet de nouer des échanges privilégiés avec la jeune génération. « Des fois, je leur prête des livres, je leur fais confiance », confie-t-il.

Le prix du livre neuf, qui atteint « onze euros » pour un poche, rend les bouquinistes d'autant plus attractifs. Jean-Pierre se souvient avoir vendu des ouvrages « à trois ou quatre chiffres », mais à une clientèle « aisée ». Malgré tout, il admet que « c'est dur car il faut connaître et aimer travailler le livre », critiquant au passage certains confrères « marchands de livres capables de vendre aussi bien des petits pois et carottes ».

Un métier encadré et passionné

Le métier de bouquiniste n'est pas un simple étalage de livres. Jean-Pierre rappelle les obligations légales : numéro de Kbis, assurance spécifique, inscription à la chambre consulaire, « renouvelable tous les trois ans ». Ainsi, « quand les gens viennent, ils ont affaire avec des pros. Car, en cas de litige, ils sont protégés par la loi ».

Sur son stand, pas de politique : « Je mets l'extrême droite à gauche et les anarchistes à droite et dis aux gens : Regardez, ils ne se disputent pas eux ! », s'amuse-t-il. Une preuve d'humour qui illustre sa philosophie : « C'est un beau métier ».

L'association La Mémoire du Livre se modernise

Jean-Pierre est bénévole au sein de l'association La Mémoire du Livre, l'une des trois de ce type dans l'Hérault, avec celles de Sète et Béziers. Cette structure, qui a pris la suite d'une association créée en 1997 à l'initiative de commerçants du haut de la rue des Étuves, peaufine actuellement un site internet permettant de commander en ligne et de récupérer ses ouvrages sur place les jours de présence.

Une initiative qui pourrait attirer une clientèle plus jeune, tout en préservant l'esprit de partage qui anime les bouquinistes de l'Esplanade, présents les mercredis et samedis.

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