Bernard Cotte, nouveau directeur de la Banque de France dans le Var, a pris ses fonctions en succédant à Jean-Luc Moya. Dès ses premières semaines, il s'est immergé dans les chiffres du territoire et multiplie les visites d'entreprises et les rencontres avec les acteurs économiques et institutionnels. « La Banque de France doit être au contact des territoires, ouverte sur l'extérieur. D'ailleurs le public dispose de multiples canaux pour entrer en contact avec nos services », résume-t-il.
Un parcours ancré dans les territoires
Agé de 58 ans, ce Marseillais de naissance, désormais habitant de Toulon, a dirigé pendant dix ans le service entreprises à Marseille et a été en poste à Valence, dans la Drôme. Son parcours l'a également mené dans les succursales régionales de Troyes, Aix-en-Provence et Montpellier. Il a aussi été détaché durant trois ans au ministère de la Justice comme « assistant spécialisé », chargé d'éclairer les enquêteurs et magistrats sur les flux financiers dans le cadre d'opérations de blanchiment ou d'escroquerie.
Diplômé d'une maîtrise de l'université d'Aix-Marseille et d'un DESS de gestion de l'IAE d'Aix-en-Provence, Bernard Cotte est entré à la Banque de France après qu'un professeur de faculté a mentionné que l'institution recrutait, juste au moment de la loi sur le surendettement. « Cela a été très formateur car c'était un nouveau métier, il fallait tout mettre en place », se souvient-il.
Des missions variées : cotation, surendettement, droit au compte
Parmi ses missions, la cotation des entreprises occupe une place centrale. Elle évalue la capacité d'une société à honorer ses engagements financiers, en tenant compte non seulement des comptes, mais aussi de la gouvernance et des investissements en cours. Dans le Var, plus de 5 000 sociétés, dont le chiffre d'affaires dépasse 1,25 million d'euros, sont concernées. « Nous rencontrons 600 dirigeants d'entreprises par an », précise le directeur.
La commission de surendettement est un autre volet clé de son action. Le Var se distingue par un taux de dossiers pour 100 000 habitants plus élevé qu'ailleurs : 319 contre 281 à l'échelle de la région et 267 en France. L'institution met également en œuvre le droit au compte, permettant aux personnes physiques ou morales dont aucune banque ne voudrait d'obtenir la désignation d'un opérateur bancaire au prorata de ses parts de marché et selon les souhaits du demandeur. Depuis 2016, des actions d'éducation financière sont menées avec les enseignants et les travailleurs sociaux.
Un regard sur l'économie nationale et locale
La Banque de France produit aussi des études financières à la demande et éclaire les acteurs du territoire sur le contexte économique. « Un directeur de Banque de France n'est plus enfermé dans son bureau aujourd'hui. La cotation est aussi un bon outil d'analyse pour savoir comment se porte une filière ou un microterritoire », explique Bernard Cotte.
Sur le plan macroéconomique, il rappelle que la France « n'est pas en récession, mais connaît une croissance faible actuellement, avec une inflation maîtrisée ». Son principal sujet de préoccupation est la maîtrise des dépenses publiques. « Cela peut conduire à une perte de confiance des marchés financiers sur sa capacité à rembourser ses dettes. Le taux auquel elle a emprunté la semaine dernière (troisième semaine d'août, Ndlr), était de 4,2 %. On emprunte à des taux plus élevés que l'Italie et la Grèce. À terme cela va grever le budget de l'État, on estime que la charge des intérêts atteindra 100 milliards en 2030, contre plus de 60 milliards actuellement » s'inquiète l'analyste.
Concernant le tissu économique varois, il se montre plutôt confiant. « Si l'on reprend les chiffres des défaillances d'entreprises depuis 30 ans, le record a été atteint en 1997. En juin, le Var comptait 1 398 défaillances, tous types confondus, mais il y a aussi 1 600 créations par an, contre 600 il y a 10 ans. C'est un territoire qui n'est pas si mal placé par rapport au contexte national », conclut-il.



