Soixante-dix ans après le « Mariage du siècle », la robe de mariée de Grace Kelly continue de fasciner. Imaginée par Helen Rose, costumière de la MGM, la robe portée par la princesse Grace lors de la cérémonie religieuse est considérée comme iconique dans l’histoire de la mode. Sa confection est racontée dans l’exposition « Le mariage du siècle » au Palais princier de Monaco, ouverte jusqu’au 25 septembre.
Une robe devenue totem de la mode
La robe a sa propre page Wikipédia, plusieurs livres lui ont été consacrés, et des copies se vendent même sur Leboncoin. Depuis soixante-dix ans, elle fascine et est devenue un mètre étalon du chic, une inspiration pour toute l’industrie de la mode. Les tenues portées par Grace Kelly entre le 12 et le 19 avril 1956, la semaine de son mariage avec le prince Rainier III, continuent d’émerveiller. Dans l’exposition, on peut admirer des pièces spectaculaires, dont une copie de la robe de cérémonie réalisée par les ateliers du Palais princier, l’originale étant conservée au Philadelphia Museum of Art.
Helen Rose, la costumière choisie
Helen Rose, costumière à Hollywood dès les années 1940 et deux fois oscarisée, a été choisie parce que Grace Kelly était sous contrat avec la MGM et que les deux femmes avaient déjà travaillé ensemble sur quatre films, explique Kristina Haugland, conservatrice experte en textiles et autrice de Grace Kelly : Icon of Style to Royal Bride (2006). « Dès les fiançailles, les dirigeants de la MGM ont dévoilé leur intention de faire concevoir cette robe et de l’offrir à Grace Kelly. C’était pour eux une manière de se faire de la publicité. »
Le choix a surpris, car les grandes maisons de couture étaient sur les rangs. « Beaucoup de créateurs voulaient concevoir cette robe, confirme Kristina Haugland. Il y a eu des déçus quand le nom d’Helen Rose a été annoncé. D’autant qu’à l’époque, Grace Kelly ne portait que des tenues de couturiers américains. » Edith Head, costumière de cinéma qui avait imaginé la silhouette de Grace Kelly dans Fenêtre sur cour, avait aussi proposé ses services. « La princesse Grace a souvent expliqué qu’elle avait choisi Helen, car cette dernière avait compris ce qu’elle cherchait : quelque chose de très simple, élégant, détaillé mais pas étonnant. »
La confection de la robe
Pendant l’hiver 1956, les deux femmes collaborent à l’élaboration de la tenue pour la cérémonie religieuse, ainsi que pour l’union civile du 18 avril. Helen Rose rassemble des matériaux prestigieux : taffetas de soie ivoire pour le jupon cloche, dentelle antique de Bruxelles pour le corsage, perles fines, et tulle pour le voile, imaginé d’une seule couche pour ne pas masquer le visage de la star. Pour la ceinture et le plissé arrière, une faille de soie est sélectionnée. La mariée réclame du chic et de la sobriété, tandis que la MGM souhaite un « effet conte de fées ». La robe est la synthèse de ces deux tendances, avec une ligne Renaissance et une superposition de strates qui simule la simplicité mais révèle une complexité renversante.
Des légendes tenaces
La conception de la robe fait l’objet de « légendes » encore tenaces 70 ans plus tard. Si le coût des matériaux dépasse les 7 000 dollars de l’époque, la dentelle n’a pas été achetée à un musée. « La plupart des histoires sont fausses. Aucun musée ne vendrait des pièces de collection pour confectionner une robe, tempère Kristina Haugland. On évoque parfois 300 mètres de taffetas et de tulle de soie… Vous imaginez la pauvre mariée avec une telle quantité d’étoffe ! Il est possible que 300 mètres de tissus aient été achetés, mais ils n’ont pas été utilisés. Par ailleurs, la traîne ne faisait pas 25 mètres de long. Il suffit de regarder les images pour le constater. »
Une pièce de musée
Au début de l’été 1956, Grace Kelly confie sa robe de mariée et ses accessoires au Philadelphia Museum of Art. L’exposition de cette pièce unique est un événement. « Un mannequin avait été fabriqué aux mensurations connues de Grace Kelly, mais la princesse avait perdu du poids avant le mariage ! Une fois arrivée au musée, la robe était trop serrée, rapporte Kristina Haugland. Alors, ils l’ont retaillée pour qu’elle puisse être installée. C’est assez inimaginable ; on ne ferait plus ça aujourd’hui ! On adapterait le mannequin à la robe, pas le contraire. »
Pendant vingt ans, la tenue a été le point d’orgue des visites du musée, jusqu’à ce que des dégâts causés par la lumière soient constatés. Depuis, elle n’est exposée qu’en de rares occasions. Mais son souvenir inspire toujours les créateurs de mode et les futures mariées. Kate Middleton, en épousant le prince William en avril 2011, portait une robe dessinée par Sarah Burton, directement inspirée du travail d’Helen Rose. Un hommage à cette tenue dont l’aura rayonne encore sept décennies plus tard.



