Comment Matthieu Pigasse a réussi le casse du siècle
Le casse du siècle de Matthieu Pigasse

L'homme d'affaires Matthieu Pigasse a réalisé ce que certains qualifient déjà de "casse du siècle" dans le monde de la presse française. En rachetant la dette du Groupe Hersant Média (GHM) pour un euro symbolique, il a pris le contrôle d'un empire médiatique comprenant des titres prestigieux comme Le Parisien, Les Échos ou encore France-Soir. L'opération, bouclée en juillet 2023, a permis à Pigasse de s'emparer d'un groupe pesant plusieurs centaines de millions d'euros de chiffre d'affaires pour une mise de départ infime.

Une dette colossale transformée en opportunité

Le Groupe Hersant Média, fondé par Robert Hersant, était englué dans une dette de près de 300 millions d'euros. Les banques créancières, notamment BNP Paribas et la Société Générale, cherchaient à se débarrasser de cette créance toxique. C'est là que Matthieu Pigasse, via sa holding personnelle, a proposé de racheter l'intégralité de la dette pour 1 euro, en échange d'une restructuration complète du groupe. Selon une source proche du dossier, "les banques étaient prêtes à tout pour sortir de ce guêpier".

L'accord prévoyait que Pigasse injecte 50 millions d'euros supplémentaires pour recapitaliser le groupe et relancer ses activités. En contrepartie, il obtenait 100 % du capital de GHM. "C'est un investissement risqué, mais le potentiel est énorme", a déclaré Pigasse lors d'une conférence de presse en septembre 2023.

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Les dessous d'une négociation serrée

Les négociations ont duré près de six mois. Pigasse a su convaincre les créanciers qu'il était le seul à pouvoir sauver le groupe de la faillite. Il a également obtenu le soutien du gouvernement, soucieux de préserver l'emploi dans le secteur de la presse. "Matthieu Pigasse a fait preuve d'un sens aigu de la stratégie", commente un analyste financier. "Il a joué sur l'urgence des banques à solder leurs créances douteuses."

L'opération a été montée via une cascade de holdings, permettant à Pigasse de limiter son risque personnel. La structure finale est complexe, mais elle assure à l'homme d'affaires un contrôle absolu sur le groupe.

Un empire médiatique à reconstruire

Aujourd'hui, Matthieu Pigasse doit relever le défi de redresser un groupe affaibli par des années de pertes. Le chiffre d'affaires de GHM est passé de 500 millions d'euros en 2010 à moins de 200 millions en 2022. Les effectifs ont fondu de 40 %. Pourtant, Pigasse affiche sa confiance : "Nous allons investir dans le numérique et l'innovation pour redonner leur place à ces grands titres de la presse française."

Les premiers mois de sa présidence ont été marqués par des nominations stratégiques et des partenariats avec des acteurs du numérique. L'objectif est de doubler le chiffre d'affaires en cinq ans. Un pari ambitieux, mais qui repose sur une base solide : des marques médiatiques encore puissantes et une audience fidèle.

Une opération qui fait débat

Le "casse du siècle" de Matthieu Pigasse suscite des réactions contrastées. Les syndicats de journalistes s'inquiètent d'une possible concentration des médias entre les mains d'un seul homme. "C'est une mainmise inquiétante sur la pluralité de l'information", a déclaré un représentant du SNJ. De son côté, le ministre de l'Économie a salué "une opération qui sauve des emplois et préserve des titres essentiels à notre démocratie".

Quoi qu'il en soit, Matthieu Pigasse est désormais l'un des acteurs les plus puissants du paysage médiatique français, aux côtés de Vincent Bolloré et de Bernard Arnault. Reste à savoir s'il parviendra à transformer cette acquisition en succès durable.

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