L'exposition « Quand la terre devient lumière », présentée à l'Espace Lympia de Nice jusqu'au 18 octobre, rassemble près de 200 œuvres de Lilette et Gilbert Valentin, un couple de céramistes qui a marqué le renouveau de la céramique française d'après-guerre. Organisée par le département des Alpes-Maritimes, en collaboration avec l'association Lilette et Gilbert Valentin – Les Archanges (créée en 2019 par leurs enfants, proches et collectionneurs), cette rétrospective retrace leur parcours, de leur installation à Vallauris en 1950 jusqu'à leur renommée internationale.
Des amis proches de Picasso et de Jean Cocteau
À Vallauris, les Valentin deviennent les voisins de Pablo Picasso, installé quelques rues plus loin. Une véritable amitié naît entre eux et le peintre fréquente régulièrement leur atelier. Une anecdote illustre leur complicité : Gilbert avait transformé sa vieille voiture en ajoutant des cornes sur le capot, qui lui rappelait la tête d'un taureau. Picasso, séduit par cette idée, demanda chaque année à son amie de parader avec lui dans les rues de Vallauris à bord de ce véhicule pour son anniversaire.
Grâce à Picasso, les Valentin rencontrent également Jean Cocteau. Les nombreuses lettres présentées dans l'exposition témoignent de l'affection profonde que le poète portait à toute la famille. Cocteau se proclamait même « président d'honneur des Amis des Archanges ».
Une installation à Vallauris et une complémentarité technique
Lilette et Gilbert Valentin s'installent à Vallauris le 29 septembre 1950, dans l'ancienne fabrique des Pignates, chemin de Fournas. Lilette, formée à la céramique à l'École de l'Industrie de Grenoble, apporte sa maîtrise des techniques de décoration, tandis que Gilbert, ingénieur chimiste de formation, met ses connaissances scientifiques au service de la création. Leur complémentarité ouvre de nouvelles perspectives à la céramique. À leur arrivée, ils disposent de très peu de moyens mais défendent déjà une conviction : l'art doit faire partie de la vie quotidienne.
Aux débuts, ils travaillent avec un four à bois. Quelques années plus tard, ils deviennent les premiers céramistes de Vallauris à acquérir un four électrique. Cette innovation leur permet d'atteindre des températures de cuisson beaucoup plus élevées et de mettre au point des émaux – couche vitrifiée posée sur l'argile pour rendre la pièce imperméable et brillante après cuisson – d'une intensité exceptionnelle. Gilbert crée notamment le célèbre Noir Valentin, tandis que le couple développe les fameux « émaux de feu », aux rouges, oranges et jaunes éclatants, qui deviennent leur signature artistique.
Un travail à quatre mains, entre art et vie quotidienne
Dans leur atelier, il est impossible de distinguer la part de chacun. L'un commence une pièce, l'autre l'achève. Leur maison et leur atelier ne font qu'un. Parents de cinq enfants, ils vivent modestement, toute leur existence tournée vers la création. Les photographies exposées montrent ce mélange permanent entre vie familiale et travail artistique. Cette démarche séduit rapidement les critiques : dès 1954, ils publient dans La Vie catholique et Connaissance des Arts. Leurs œuvres sont commandées jusqu'aux États-Unis et en Australie, tout en restant des pièces uniques.
Le choix de l'art plutôt que de l'industrie
Au début des années 1960, la céramique française s'industrialise. Les productions en série remplacent progressivement les pièces artisanales. Les Valentin prennent alors une décision radicale : ils détruisent leurs moules afin de continuer à produire exclusivement des œuvres uniques. En 1962, ils rejoignent le Syndicat des artistes à Paris. Administrativement, ils quittent le statut d'artisans pour être officiellement reconnus comme artistes, même si, comme le rappelle la commissaire de l'exposition Laure Labeeuw, « artistiquement, ils l'ont toujours été ».



