Jusqu'au 3 janvier 2027, le Musée international de la Parfumerie de Grasse présente l'exposition « Parfums d'Asie », qui dévoile les multiples facettes du parfum en Asie, bien loin de la vision occidentale centrée sur la séduction. À travers près de 200 œuvres, des dispositifs olfactifs et des matières premières surprenantes, l'exposition explore les usages spirituels, médicinaux et culturels des senteurs, de l'Inde au Japon, en passant par la Chine, le Vietnam et la Thaïlande.
Un acte spirituel et un langage universel
En Asie, se parfumer est souvent un acte spirituel. En Inde, les huiles parfumées appelées attars accompagnent les cérémonies hindoues, bouddhistes ou musulmanes. Le santal est associé au dieu Shiva, la rose à Lakshmi. Selon Thomas Ghysdaël-Trombetta, attaché de conservation chargé des expositions et des projets muséographiques, « chaque année, près de 80 millions de tonnes de fleurs fraîches sont déposées dans les temples ». Le parfum purifie, protège et relie les hommes au divin.
La fumée d'encens, utilisée en Chine depuis l'Antiquité, sert également à communier. Dans les temples comme dans les palais impériaux, la fumée accompagne les cérémonies, purifie les lieux et relie les hommes au sacré. Les brûle-parfum, véritables œuvres d'art, évoquent des montagnes sacrées, des vases ou des créatures fantastiques. Le parfum devient spectacle autant qu'offrande.
Des traditions japonaises et chinoises raffinées
Au Japon, la tradition privilégie les vêtements plutôt que le corps. Les tissus sont délicatement parfumés grâce à la fumigation, tandis que l'art du Kōdō, « la voie de l'encens », transforme l'odorat en une pratique exigeante. Thomas Ghysdaël-Trombetta décrit une « discipline codifiée, presque méditative, où l'on apprend moins à sentir qu'à écouter les bois précieux révéler leurs nuances ».
En Chine, le parfum peut même mesurer le temps. Une horloge à encens, présentée dans l'exposition, fonctionnait en se consumant lentement, marquant les heures bien avant les montres. Dans les palais impériaux comme dans les maisons, les brûle-parfum accompagnaient les cérémonies, la méditation ou le culte des ancêtres.
Des matières premières surprenantes et des usages médicinaux
Les matières premières ne viennent pas toutes des fleurs. Le musc, par exemple, provenait autrefois du chevrotain porte-musc ; aujourd'hui, il est reproduit de façon synthétique pour préserver l'espèce. De même, la civette a été remplacée par des molécules de synthèse pour des raisons éthiques. L'ambre gris, l'une des matières les plus rares, est produit par seulement 1 % des cachalots et peut dériver pendant des années avant d'échouer sur une plage.
L'encens, en Asie, soigne autant qu'il parfume. Résines, racines, bois précieux ou poudres parfumées accompagnent les pratiques religieuses et certaines médecines traditionnelles. La fumée purifie les lieux, apaise les esprits et soigne le corps, une vision bien éloignée du simple bâtonnet parfumé.
L'influence de l'Asie sur la parfumerie occidentale
La dernière salle de l'exposition montre que l'Occident n'a pas tout inventé. Les parfumeurs européens se sont largement inspirés de ces cultures olfactives. L'engouement pour l'Asie, au XIXe puis au XXe siècle, influence autant les flacons que les fragrances, comme en témoignent des créations telles que Nuit de Chine ou Opium. Cette exposition, qui se tient jusqu'au 3 janvier 2027, invite à reconsidérer le parfum comme un langage universel bien avant qu'il ne devienne un produit de luxe.



