Sur l'étang de l'Or, une cinquantaine de pêcheurs artisans, comme Laurent Pezzotti, maintiennent une activité traditionnelle sur ce milieu de 3 000 hectares. Ces professionnels pratiquent la pêche ancestrale mais réglementée de l'anguille, espèce menacée. Il est 9 heures sur les berges de l’étang de l’Or à Pérols. Laurent Pezzotti termine de remplir les caisses de polystyrène avec les poissons qu’il a pêchés depuis l’aube. Le camion part pour la criée du Grau-du-Roi. Il pratique une pêche artisanale dans une barque motorisée de 5 m avec des filets qu’il a fabriqués et qu’il entretient avec soin comme beaucoup de ses collègues : le trémail et les capéchades, ces nasses qui servent à capturer l’anguille vivante, l’espèce emblématique de l’étang. Menacée, sa pêche est réglementée.
Une pêche six mois par an avec des postes fixes
“La pêche à l'anguille est autorisée de mi-août jusqu'à février, explique-t-il. Elle se pratique sur onze postes fixes attribués par tirage au sort chaque année. Certains sont meilleurs que d'autres et lorsque la main du tireur rentre dans le chapeau on n'est pas toujours très serein !” Les postes sont délimités par des piquets en bois plantés dans l’étang et qui forment une ligne d’un kilomètre depuis le rivage. Sur ces piquets, les capechades sont installées. “Ceux qui ont un poste ne peuvent pas aller pêcher ailleurs tandis que ceux qui n'ont pas de poste peuvent aller partout”. Le reste de l’année, la pêche est libre sur tous les étangs. L’activité est gérée par la prud’homie de Palavas-les-Flots, un organisme assermenté spécifique à la Méditerranée qui permet de régler les conflits entre pêcheurs et dont les membres dirigeants, dont Laurent, sont bénévoles. Elle compte une cinquantaine de pêcheurs qui pratiquent sur la mer et les étangs et veille à l’équilibre entre la ressource et la pêche.
Une riche biodiversité mais un milieu fragile
Outre l’anguille, Laurent Pezzotti remonte dans ses filets des loups, des daurades, des mulets… “La période faste pour la pêche c'est l'automne, octobre-novembre, les poissons se déplacent entre la mer et l'étang par le grau de Carnon, le seul point d’échange. Selon les années et les saisons, certaines espèces sont plus présentes que d'autres. Nous trouvons aussi beaucoup de crabe bleu depuis quelque temps, une espèce invasive”, mentionne le pêcheur. Tout dépend aussi des paramètres physico-chimiques de l'étang qui présente plusieurs gradients de salinité, au sud-ouest c'est très salé, vers Marsillargues c'est plus doux.
Cinquième étang littoral de France, d’une superficie de 3000 hectares (4000 en rajoutant les zones humides périphériques), sa riche biodiversité est due à un bassin versant de 400 km2, qui l’alimente en eaux continentales chargées en nutriments qui s’y déversent, le Dardaillon, le Salaison, la Cadoule, le Bérange en sont les principales. Le Symbo (Syndicat mixte du bassin de l'Or) mène depuis des années un grand plan d'action pour que ces eaux soient propres. Sur tout le bassin versant, les stations d'épuration ont été rénovées. Reste le ruissellement urbain et agricole beaucoup plus difficile à maîtriser.
Une vie rude, physiquement et économiquement
Depuis presque vingt ans que Laurent Pezzotti travaille sur l’étang, il remarque que “la qualité de l'eau s'est améliorée, c'est indéniable. J’ai vu le retour de l'herbe sur les berges, les herbiers poussent sur le fond permettant à de la petite faune de s'implanter”. “Ce qui manque, c'est plus d'apport d'eau douce dans le nord de l'étang, à une époque on pêchait les aloses, maintenant il n’y en a plus”, constate-t-il. La vie de pêcheur sur l’étang est rude, certains travaillent 14h par jour par tous les temps et même quand l’étang gèle. “Sur le plan économique, les anciennes familles arrivaient à vivre de la pêche peut-être est-ce encore le cas pour quelques unes. Mais aujourd’hui toutes les femmes de pêcheurs travaillent ailleurs”, indique Laurent Pezzotti. Ce qui le chagrine le plus dans son métier, ce sont “les réglementations dont certaines sont ubuesques. Je croule sous une montagne de paperasse et j’angoisse toujours de mal remplir quelque chose.”
L'étang possède plusieurs ports de pêche : aux cabanes de Lunel, à celles du Roc à La Grande-Motte, du Salaison à Mauguio et de Pérols. Les pêcheurs sont invités dans les commissions et les études sur le fonctionnement de l'étang. “Avec l'université de Perpignan, nous avons aussi participé à une étude où l'on mettait des balises sur les anguilles pour savoir si elles arrivaient à franchir le détroit de Gibraltar et aller se reproduire dans la mer des Sargasses” se rappelle Laurent Pezzotti. Ces professionnels demeurent les sentinelles d’un milieu fragile et en évolution permanente.
Le Symbo gardien d'un site Natura 2000
Le Syndicat mixte du bassin de l'Or (Symbo) a pour mission de veiller sur ce site classé Natura 2000. “Nous sommes la seule structure qui travaille à l'échelle du bassin versant” indique Ludovic Cases, technicien zones humides. “Nous mesurons tous les mois la salinité, la température, le pH et la transparence de l'eau. Lorsque les eaux ne sont pas transparentes le soleil ne pénètre pas complètement dans la lagune il manque d'oxygène au fond.” L’équilibre est difficile à maintenir entre tous ces paramètres. “L’Ifremer tous les étés fait des prélèvements pour mesurer l'état de conservation. Nous sommes toujours classés en orange ou en rouge. Il nous faut continuer les efforts.” Malgré les échanges avec la mer par le grau de Carnon et le canal du Rhône à Sète, l'étang reste un milieu fermé, une étude a montré qu'une goutte tombée sur l’étang met de 4 à 6 mois à rejoindre la mer. Ludovic Cases constate les évolutions sur le site au fil des ans : “Le niveau d'eau augmente et des zones de marécage tampon disparaissent. Par exemple, à la pointe du Salaison à Mauguio, la barrière de sable entre le marais et l’étang se fissure.” La richesse de l’étang de l’Or c’est sa biodiversité, sur ses berges, nichent surtout des sternes et des mouettes. Au nord se rencontre la cistude d'Europe.



