La Charentaise de Charente-Périgord : Histoire et Protection d'une Pantoufle Emblématique
Charentaise : Histoire et IGP d'une Pantoufle Emblématique

La Charentaise de Charente-Périgord : Une Histoire Française Protégée

Le 29 mars 2019, la charentaise de Charente-Périgord a obtenu son Indication géographique protégée (IGP), une première pour l'habillement et la chaussure en France. Cette reconnaissance officielle, publiée au Bulletin officiel par l'Institut national de la propriété industrielle, réserve l'appellation aux acteurs de la région, garantissant l'origine et l'authenticité grâce à des techniques comme le « cousu-retourné ». Plongeons dans l'histoire riche de cette pantoufle emblématique qui a accompagné des générations de Français.

Les Origines au XVIIe Siècle

Sous le règne de Louis XIV, la charentaise naît à Rochefort, après la fortification de la ville par Colbert en 1666. Les cordonniers-savetiers recyclent les excédents de tissus des uniformes militaires de la Marine Royale et les feutres des papeteries pour confectionner les premières charentaises, noires avec un dessus en laine. Sans distinction entre pied droit et gauche, elles étaient conçues pour être glissées dans des sabots, avec une languette protégeant le cou-de-pied.

Les « Silencieuses » du XVIIIe Siècle

Au XVIIIe siècle, ces pantoufles étaient utilisées par les valets des grandes demeures nobles, surnommées les « Silencieuses » pour leur fonction de déplacement discret et d'entretien des parquets en bois, évitant de déranger les maîtres des lieux.

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Théophile Rondinaud et la Charentaise Contemporaine

En 1907, Théophile Rondinaud crée sur la commune de Rivières, en Charente, la charentaise contemporaine à « dessus écossais », perpétuant la tradition régionale des cordonniers-savetiers. Son fils James, reprenant l'entreprise familiale en 1947, lance l'exportation mondiale avec succès.

Les Heures de Gloire et les Défis

Dans les années 1970, la manufacture emploie jusqu'à 1 300 personnes, avec un chiffre d'affaires augmentant de 20 % annuellement jusqu'en 1976. Cependant, la crise des années 1960, due à l'exode rural, frappe durement, mais James Rondinaud rebondit en 1978 en précédant la mode. La concurrence asiatique émerge à la fin des Trente Glorieuses.

Renouveau et Innovations

Dans les années 1980, la charentaise adopte un nouveau look sous Rondinaud, avec des couleurs vives, vendue en dizaines de millions de paires. Les années 1990 voient un boom du cocooning, avec jusqu'à 2,5 millions de paires vendues annuellement, et une présence au Festival de la BD d'Angoulême.

Vers le Haut de Gamme et l'IGP

En 2005, la fin des quotas textiles de l'OMC accentue la concurrence, mais pousse vers des produits de qualité. En 2007, cinq entreprises locales lancent une collection haut de gamme avec l'IFM. En mai 2018, Rondinaud, Degorce, Laubuge et Ferrand forment La Manufacture charentaise pour s'orienter vers le luxe.

Le 29 mars 2019, l'IGP « Charentaise de Charente-Périgord » est homologuée, protégeant la technique du cousu-retourné. Malheureusement, en juillet 2019, La Manufacture charentaise est placée en redressement judiciaire, puis liquidée en novembre 2019, entraînant le chômage de 104 salariés, la stratégie haut de gamme ne correspondant pas à la réalité du marché.

Patrimoine Préservé

En mai 2020, le trio français Rondinaud, Fargeot et Rivalin acquiert les actifs de La Manufacture charentaise lors d'une vente aux enchères, assurant la préservation du patrimoine en France.

Cette histoire illustre la résilience et l'évolution d'un symbole artisanal français, désormais protégé par une indication géographique qui célèbre son héritage unique.

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