Installé à Correns, Olivier Benhamou cultive sa micro-ferme « Permavar » en s'inspirant directement des écosystèmes forestiers. À l'occasion d'une journée portes ouvertes en ce mois de juin 2026, le maraîcher a partagé sa passion du sol vivant avec ses clients et confrères, tout en mobilisant sa communauté autour d'une cagnotte cruciale pour racheter ses terres de culture.
Une visite guidée au cœur du champ
Pendant près de trois heures, Olivier Benhamou a fait visiter son champ à un petit groupe d'amateurs et de professionnels curieux d'apprendre et d'échanger pour cultiver autrement. « Bonjour, bienvenue chez Permavar, je suis là dans une minute, à tout de suite ! » Le message vocal s'enclenche à chaque passage sur le petit parking. Ce jour-là, la voix enregistrée d'Olivier Benhamou va se faire entendre plus que d'habitude. Le maraîcher organisait, en effet, une après-midi portes ouvertes au champ. Il accueillait donc un petit groupe venu fouler ses terres à la recherche de conseils pour les amateurs qui se lancent dans le jardinage, et d'inspiration et de partage de connaissances pour les professionnels. Il fallait aussi jongler avec les habitués, venus, eux, récupérer leur panier de légumes hebdomadaire. Le lundi, comme les autres matins à la demande, c'est jour de récolte et donc de livraison. Ici, les produits passent rapidement de la terre à l'assiette. Ici, pas de chambre froide. Question d'éthique.
Des produits frais et locaux
Dans la cabane, quelques cagettes sont prêtes dont celle d'Anne. Un chou, une salade, des épinards… « Tu as des œufs ? », glisse-t-elle au moment de partir. Anne a de la chance, les œufs des poules azur d'Olivier partent comme des petits pains. « D'habitude, je passe prendre mon panier au point de livraison à la cave coopérative. C'est sur mon chemin », indique l'Entrecastelaine qui en profite donc ce jour-là pour visiter l'exploitation d'Olivier. « Pas une exploitation, je n'aime pas trop ce mot-là, plutôt une micro-ferme. D'ailleurs, j'aurais pu l'appeler "Chez Olivier le maraîcher", mais Permavar c'est plus simple pour communiquer. » Il faut dire que le maraîcher est très présent sur les réseaux sociaux sur lesquels il partage régulièrement des nouvelles de son « paradis sur terre », des insectes qui y habitent, des légumes et des fruits qui y poussent, des techniques qu'il expérimente. C'est ce qu'il fait aussi, en version longue, lors de ces visites guidées au champ.
« On revient à ce que fait la forêt »
Cependant, après quatre années de labeur, Olivier Benhamou est à la croisée des chemins. Il cherche à réunir des fonds pour acheter les terres qu'il cultive. En plantant ses premiers arbres fruitiers en mars 2022, Olivier Benhamou entend bien faire de cette terre un espace de nature retrouvée, « un écosystème dans lequel je vais vivre ». Comprenez donc, sans produits chimiques ni labour du sol, juste un "laissez faire". Ce qui ne veut pas dire ne rien faire. « Je désherbe, ramasse les œufs de papillons et autres petites limaces à la main, je les donne ensuite à mes poules. » Rien ne se perd, ici, comme dans la forêt en quelque sorte. « J'ai beaucoup observé la nature et je me suis demandé comment je pouvais appliquer ce que je voyais. J'ai essayé de mimiquer la nature, explique le maraîcher. J'ai ensuite analysé ce qu'il y avait en commun. Résultat : un sol vivant, des réseaux mycéliens… Je ne réinvente pas la roue. Je reviens à ce que fait la forêt ». Et ça fonctionne.
Il fallait bien trois heures pour faire le tour du rectangle de terre. Non parce que la superficie est grande (environ un hectare) ni parce que l'homme est bavard. Plutôt parce qu'à chacun de ses pas, il y a quelque chose à dire, des réponses à apporter aux jardiniers en herbe, curieux de savoir comment cultiver autrement. Ils sont bien tombés : Olivier Benhamou est un livre ouvert, féru de noms de fleurs et d'insectes en latin, incollable sur les vers de terre. Et puis ici, il y a des baies de goji ou des pavots de Californie à goûter, là de la ciboule de Chine à cueillir, des recettes à échanger.
Une cagnotte pour sauver ses carottes
Les fruits et les légumes sont récoltés le matin. Les commandes sont disponibles à la ferme ou en point de livraison l'après-midi même. Olivier Benhamou les appelle les « Amapiens ». Ceux qui se sont engagés à l'année à venir chercher des fruits et des légumes chez Permavar. « Pour l'encourager et parce que nous voulons manger des produits à la bonne saison, glissent Huguette et Jean-Yves. Ce n'est pas si simple. Cela demande de faire quelques efforts en cuisine, de perdre de mauvaises habitudes… Ça pousse à la réflexion. » Les Amapiens comme les clients plus occasionnels sont attachés à la production locale. Un soutien qui se retrouve également sur Internet. Précisément sur un site de cagnotte en ligne. Olivier Benhamou est effectivement à un tournant. Il cherche à acheter les terres qu'il loue depuis quatre ans maintenant. « Il n'y a pas de pression de la part du propriétaire, nous sommes en très bons termes », rassure le maraîcher. Alors, pour l'aider à financer un prêt, parce que « moins j'aurais à emprunter, moins ça pèsera sur l'exploitation », Olivier Benhamou a eu l'idée de lancer une cagnotte en ligne. « Je me suis dit : je tente. » C'est comme ça que « Sauvez mes carottes, participez à la cagnotte » est né mais l'homme est plutôt discret sur le sujet. « Je n'en parle pas trop, confie-t-il. C'est plutôt mes clients qui en parlent autour d'eux. Je ne fais pas la charité mais chaque participation peut soutenir mon projet. » À ce jour, un peu plus de 200 personnes ont participé et la barre des 10.000 euros récoltés a été franchie. La cagnotte est en ligne jusqu'au 5 octobre, « jour de mon anniversaire ».



