Roquefort : les éleveurs refusent la baisse du prix du lait
Roquefort : les éleveurs refusent la baisse du prix du lait

Les négociations annuelles sur le prix du lait de brebis destiné à la fabrication du roquefort s'ouvrent dans une atmosphère particulièrement tendue. L'Organisation des Producteurs du Bassin de Roquefort (OPBR), qui représente 448 des 766 points de livraison de la filière, a exprimé sa colère après une première proposition de baisse du prix du lait émanant de Société des Caves. Cette perspective est jugée "inacceptable" par les éleveurs, qui doivent faire face à une accumulation de crises : sécheresse, tensions géopolitiques et coûts de production toujours élevés.

Une proposition historique qui suscite l'incompréhension

Selon l'OPBR, cette initiative de baisser le prix du lait constitue une première dans l'histoire récente de la filière Roquefort. Les producteurs estiment qu'un tel signal intervient au pire moment, alors que leur revenu s'est déjà érodé ces dernières années. "Commencer une négociation sur une baisse, c'est inacceptable", a déclaré Sébastien Ginisty, président de l'OPBR. Les augmentations du prix du lait intervenues depuis la crise sanitaire n'auraient jamais compensé la hausse des charges, alimentée successivement par la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine et les tensions au Moyen-Orient.

Une filière qui se fragilise

Au-delà de la campagne 2026, les éleveurs redoutent une dégradation plus profonde de la filière. L'OPBR évoque la disparition d'une trentaine de points de livraison chaque année, signe d'une érosion progressive du nombre d'exploitations. Pour Sébastien Ginisty, une nouvelle dégradation du revenu risquerait d'accélérer cette tendance, alors même que les éleveurs doivent continuer à investir pour maintenir un niveau de production conforme aux exigences de l'AOP Roquefort.

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À cette équation déjà complexe s'ajoute la sécheresse, qui fait craindre une baisse des ressources fourragères et un nouveau renchérissement du coût de l'alimentation des troupeaux. "Ormuz, ce n'est pas notre faute. La sécheresse fait partie du métier, mais il y a des impacts. Aujourd'hui, nous demandons au moins à être aidés à passer cette année difficile et tout simplement que s'applique la loi Egalim qui vise à protéger le revenu des agriculteurs", plaide Sébastien Ginisty.

Un prix insuffisant selon les études économiques

Selon les études économiques réalisées pour l'OPBR, la rémunération actuelle resterait insuffisante pour assurer un revenu jugé satisfaisant aux exploitants. L'organisation avance qu'il manquerait près de 30 % au prix du lait pour atteindre ce niveau. Sans revendiquer un tel rattrapage immédiat, elle réclame a minima que le prix "compense les nouvelles charges qui pèsent sur les producteurs".

Le paradoxe d'une entreprise en bonne santé

L'incompréhension des éleveurs est d'autant plus forte qu'ils estiment que Société des Caves et plus largement Lactalis traversent une période plus favorable. Le groupe Lactalis a franchi le cap des 31 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025, améliorant sensiblement sa rentabilité. Pour autant, le président de l'organisation refuse d'opposer producteurs et industriel. "Nous ne sommes pas des anti-Lactalis. Au contraire, nous sommes fiers d'être adossés au premier groupe agroalimentaire mondial. Ce que nous demandons, c'est simplement un prix juste."

Les producteurs ne contestent pas la stratégie de diversification du groupe, mais souhaitent que les bénéfices de cette dynamique puissent aussi contribuer à amortir les difficultés exceptionnelles auxquelles les exploitations sont confrontées cette année. "Les éleveurs de brebis de l'OPBR attendent un signe, un matin, un midi ou un soir, peu importe quand il arrivera mais il est vital qu'il arrive", fait valoir le communiqué.

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Des négociations encore ouvertes

Face à ces critiques, Société des Caves ne souhaite pas entrer dans le débat public. Contactée, la direction indique ne pas vouloir communiquer sur des discussions toujours en cours, invoquant le secret des négociations engagées à la mi-juillet avec les différentes organisations représentant les producteurs. Le bras de fer reste donc ouvert. D'un côté, des éleveurs qui estiment ne plus pouvoir absorber seuls les conséquences des crises internationales et du changement climatique ; de l'autre, un industriel qui choisit, pour l'heure, la discrétion afin de préserver le cadre des discussions.

"Comment partager les risques au sein d'une filière où producteurs et transformateurs demeurent étroitement dépendants les uns des autres ?" Vaste question à laquelle l'OPBR compte aujourd'hui apporter ses réponses.