Pomiculteurs de l'Hérault démunis face aux pucerons cendrés
Pomiculteurs de l'Hérault démunis face aux pucerons

Les pomiculteurs de l'Hérault sont confrontés à une crise sans précédent due aux attaques de pucerons cendrés, entraînant des pertes de récolte pendant deux années consécutives sur les arbres touchés. Ce vendredi 17 juillet, ils ont rencontré la préfète de l'Hérault, Chantal Mauchet, à Marsillargues et Saint-Just, pour discuter des solutions, notamment la loi d'urgence agricole qui prévoit une dérogation pour un pesticide interdit en France mais autorisé dans l'Union européenne.

Des dégâts considérables causés par le puceron cendré

Dans la plaine de Marsillargues, la température approche déjà les 30 degrés, mais ce n'est pas la canicule qui inquiète le plus les arboriculteurs. Ce sont les dégâts causés par le puceron cendré, un insecte qui pique les pommes et les empêche de grossir. « Sous une feuille, il peut y avoir des milliers de pucerons », explique Etienne Villiet, pomiculteur installé sur une cinquantaine d'hectares à Marsillargues. « On retire les pommes qui sont touchées et on essaie de sauver les autres. » Il ajoute que « la saison est cuite, et celle d'après aussi, puisqu'il n'y aura pas de fleurs », ce qui signifie deux années sans récolte. Il faudra attendre la troisième année pour que l'arbre retrouve tout son potentiel, à condition qu'il ne soit pas à nouveau attaqué.

L'interdiction des insecticides en cause

Jean-Michel Roux, installé sur 41 hectares à Saint-Nazaire-de-Pézan, rappelle que « ce n'était pas un problème tant qu'on pouvait utiliser des produits efficaces contre eux. Depuis une dizaine d'années, on nous interdit d'utiliser des insecticides. » C'est notamment le cas de l'acétamipride, interdit en France depuis 2018 mais autorisé dans l'Union européenne jusqu'en 2033. Robert Cecchetti, pomiculteur et président de la Sica Les vergers de Mauguio, déplore une distorsion de concurrence : « Les producteurs polonais, italiens ou espagnols viennent nous concurrencer sur le marché français. »

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Toutes les variétés ne sont pas également touchées

Philippe Blanc, conseiller en arboriculture fruitière au CETA du Vidourle, explique que les attaques varient selon les années et les variétés. « Là, on a eu très peu d'attaques sur la Golden, quelques-unes sur la Braeburn, mais beaucoup plus sur la Gala, alors que tous les vergers ont eu les mêmes traitements de protection. » Pour limiter les pertes, Etienne Villiet a arraché trois hectares de pommiers, soit environ 6 000 arbres. C'est à cet endroit, au Mas du Juge, que la préfète a été accueillie symboliquement.

La loi d'urgence agricole comme espoir

La visite de la préfète s'inscrit dans le contexte de la loi d'urgence agricole, initiée après la colère des agriculteurs l'hiver dernier. Le texte, validé en commission mixte paritaire, sera soumis au vote de l'Assemblée nationale lundi et du Sénat mardi. Parmi les mesures contestées, il prévoit de réintroduire à titre dérogatoire deux pesticides interdits en France mais autorisés dans l'UE, dont l'acétamipride, « autorisé dans vingt-six sur vingt-sept pays de l'Europe », rappelle le sénateur Henri Cabanel. Jérôme Despey, président de la Chambre d'agriculture de l'Hérault, résume : « On ne supporte pas d'interdiction sans solution, d'où l'importance de cette loi. »

Des investissements lourds mis en péril

Robert Cecchetti souligne que les pertes de 5 à 10 % ne sont plus supportables, d'autant que les investissements sont élevés : « Un verger est planté pour vingt ans. L'investissement représente 80 000 € à l'hectare. Les jeunes producteurs s'interrogent, d'autant que les niveaux d'emprunt sont élevés. » Jérôme Despey insiste sur l'importance des jeunes pour le territoire : « Quand on arrache, on fait de la décapitalisation, on le voit déjà dans la vigne. Et quand il n'y a plus de vie agricole, le risque d'incendie est accentué. » Un pomiculteur de 75 ans confie : « J'ai planté 4 000 arbres pour mon petit-fils. Je me demande si j'ai eu raison de le faire. »

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