Depuis le début de la Coupe du monde 2026, plusieurs équipes sud-américaines se distinguent par un style de jeu particulièrement agressif, voire antisportif. Lors du huitième de finale entre la France et le Paraguay, les Paraguayens ont multiplié les fautes, les pertes de temps et les provocations, sans recevoir un seul carton. De même, lors du match Argentine-Angleterre, les Argentins avaient déjà commis 19 fautes à la mi-temps. Martine Benammar, spécialiste du football sud-américain, analyse ce phénomène.
Une violence ancrée dans les sociétés hispanophones
Selon Martine Benammar, cette agressivité n'est pas le fait de tout le football sud-américain, mais surtout des nations hispanophones comme l'Argentine, l'Uruguay ou le Chili. « Ces sociétés sont intrinsèquement violentes », explique-t-elle. « Il y a une culture du rapport de force, héritée de l'histoire politique, des coups d'État et des dictatures. Le football reflète cela : pour gagner, il faut être le plus fort. »
Les tacles à hauteur de short, les simulations et les intimidations font partie du jeu. Les arbitres locaux, souvent laxistes, laissent faire, parfois par peur de représailles. « Pendant longtemps, le jeu n'était pas vraiment sanctionné », rappelle Benammar, citant les exemples de Maradona ou Pelé victimes de fautes non punies.
La pression des tribunes et des clubs modestes
Ce style est particulièrement marqué dans les clubs de deuxième ou troisième division, où la violence est exacerbée. « Là, c'est un concentré de tout : la violence, des sorties sur civière, et quasiment jamais de cartons rouges », décrit Benammar. Les joueurs les plus techniques partent vite en Europe ; ceux qui restent compensent leur manque de niveau par l'agressivité.
Les « Barras Bravas », groupes ultras sud-américains, exigent ce type de jeu et n'hésitent pas à intimider dirigeants et joueurs si l'équipe ne donne pas satisfaction. Cette pression sociale et populaire renforce la culture de l'agressivité.
Un choc de cultures avec l'Europe
Les équipes européennes, qui affrontent rarement les Sud-Américains en raison du calendrier (notamment la Ligue des nations), sont souvent surprises par cette dureté. « Les amicaux se jouent souvent en Europe, donc il y a peu de confrontations », note Benammar. « Quand le choc a lieu en Coupe du monde, c'est toujours un décalage. »
Ce manque de connaissance mutuelle explique pourquoi les sélections européennes peinent à s'adapter à ce style rugueux, surtout dans les matches à élimination directe. « Ce sont deux mondes différents sur le plan footballistique et social », conclut l'experte.



