Mon pire job d'été : cueillette de fruits au champ
Mon pire job d'été : cueillette de fruits au champ

Un été de cueillette : le récit d'une expérience éprouvante

Chaque été, des milliers d'étudiants se lancent dans des jobs saisonniers pour financer leurs études ou leurs vacances. Mais certains de ces emplois laissent des souvenirs impérissables, parfois pour les mauvaises raisons. C'est le cas de Paul, 22 ans, qui a accepté un poste de cueilleur de fruits dans le Sud de la France il y a deux ans. « Chaque jour, en arrivant dans le champ, je me disais : mais quelle idée de merde ! », raconte-t-il.

Un rythme de travail infernal

Le travail commençait dès 6 heures du matin, parfois plus tôt. « Il fallait être dans les champs avant que le soleil ne devienne trop chaud. On avait une heure de pause à midi, puis on reprenait jusqu'à 18 heures. Mais souvent, on finissait plus tard si la récolte était abondante », explique Paul. Les journées pouvaient durer jusqu'à 12 heures, avec des températures dépassant les 35 degrés Celsius. « On était payés au rendement : 50 centimes par kilo de fruits cueillis. Le premier jour, j'ai gagné 30 euros pour 10 heures de travail. »

Des conditions de travail précaires

Les conditions de vie n'étaient pas meilleures. Les travailleurs étaient logés dans des mobile homes vétustes, sans climatisation, et devaient partager les sanitaires avec une dizaine d'autres personnes. « Il y avait des punaises de lit. J'ai dû jeter mon sac de couchage au bout d'une semaine », se souvient Paul. La nourriture était fournie, mais de mauvaise qualité. « On avait droit à des pâtes ou du riz tous les jours. Parfois, il y avait un peu de viande, mais c'était rare. »

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Un isolement social et géographique

Le champ était situé à 20 kilomètres du village le plus proche, sans transport en commun. « On était coincés. Le week-end, certains arrivaient à se faire emmener par des collègues, mais c'était compliqué », dit Paul. L'ennui et la fatigue créaient des tensions entre les cueilleurs. « Il y avait des disputes pour des histoires de seaux ou de rangées de fruits. L'ambiance était pourrie. »

Un salaire dérisoire pour un travail éreintant

À la fin du mois, Paul a touché 1 200 euros nets, pour plus de 200 heures de travail. « Je gagnais moins que le SMIC horaire, mais comme j'étais payé à la tâche, mon employeur disait que c'était légal. » Selon la loi française, le paiement au rendement est autorisé dans l'agriculture, mais il doit garantir un salaire au moins égal au SMIC. « Je n'ai jamais vérifié, mais je pense que j'étais en dessous. »

Une expérience formatrice malgré tout

Malgré ces difficultés, Paul ne regrette pas complètement cette expérience. « Ça m'a appris la valeur de l'argent et le respect du travail agricole. Maintenant, quand je vois des fruits au supermarché, je pense à tout le travail derrière. » Il ajoute : « Mais je ne recommencerais pas. Si je devais donner un conseil à un étudiant qui cherche un job d'été, je lui dirais de se renseigner très précisément sur les conditions de travail avant d'accepter. »

Des pistes pour améliorer les conditions des saisonniers

Le syndicat agricole la Confédération paysanne milite pour une meilleure régulation du travail saisonnier. « Il faut un salaire minimum garanti, des conditions de logement décentes et un accès aux soins », explique sa porte-parole. Selon une enquête de la Direction générale du travail, 30% des contrôles dans l'agriculture en 2022 ont révélé des infractions, notamment sur les temps de repos et les salaires. Paul espère que son témoignage contribuera à sensibiliser le public et les pouvoirs publics. « Les gens qui mangent des fruits ne se rendent pas compte des conditions dans lesquelles ils sont produits. »

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