La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a promis ce mercredi 30 septembre des fonds complémentaires au Plan Casi lors de sa visite à la cave coopérative de Frontignan, en réponse aux demandes des agriculteurs héraultais.
Une visite sous le signe des difficultés climatiques
Pour sa deuxième visite dans l’Hérault, Annie Genevard a passé la matinée à la cave coopérative de Frontignan, qui célèbre cette année les 90 ans de son appellation. Accueillie par le président de la cave, William Juan, elle a d’abord visité les installations avant de participer à une table ronde réunissant les représentants de toutes les filières héraultaises : viticulture, fruits et légumes, élevage, grandes cultures, ainsi que les organisations professionnelles agricoles.
Les discussions ont porté principalement sur le Plan Casi, un fonds de réarmement agricole lancé après un été caniculaire qui a durement touché les productions. Pour l’Hérault, ce plan est doté de 1,165 million d’euros, un montant qui peut atteindre 1,868 million d’euros avec les aides spécifiques aux incendies. La préfète, Chantal Mauchet, a rappelé en ouverture que le dispositif « a été lancé dès la semaine dernière pour les agriculteurs les plus en difficulté ».
Des demandes jugées insuffisantes
Jérôme Despey, président de la Chambre d’agriculture, a estimé que cette enveloppe était insuffisante pour « un département, dont aucun secteur agricole n’est épargné, et qui subit un certain nombre d’aléas climatiques depuis plusieurs années ». Il attend « un signal fort » sur la réserve nationale, pour l’Hérault comme pour toute l’Occitanie, et réclame également une année blanche, une simplification administrative notamment sur les projets hydrauliques, et une exonération de la taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFNB).
Sur l’hydraulique, l’enveloppe régionale de 9,70 millions d’euros pour 35 projets est déjà en grande partie absorbée par celui de l’Agly (8 millions d’euros), dans les Pyrénées-Orientales.
La viticulture et le négoce pointés du doigt
Du côté des caves coopératives, Fabien Castelbou, président de la Section vignerons des coopérateurs d’Occitanie, a souligné les efforts des producteurs – restructuration des caves, arrachage, adaptation des cépages – alors que le négoce et la restauration, aux marges jugées trop élevées, ne joueraient pas le jeu. François-Régis Boussagol, pour les Vignerons indépendants de l’Hérault, a plaidé pour le développement de l’irrigation et une année blanche, car les rendements toujours plus bas pèsent sur les trésoreries. Il a aussi visé le négoce, qui a acheté 2,5 millions d’hectolitres de rosé aux Espagnols, ce qui plombe le marché français.
La ministre a défendu le Plan Casi, doté de 1,3 milliard d’euros, obtenus en annulant des crédits sur d’autres ministères. « Pas question d’y voir quasi rien ou de petits pansements, comme vous le dites. Vous ne pouvez pas utiliser des mots blessants pour les ministres qui ont renoncé à des politiques publiques pour que la solidarité nationale puisse s’exercer », a-t-elle insisté.
Des promesses et des mesures déjà prises
Pour le Plan Casi, Annie Genevard a promis des fonds complémentaires, et même supplémentaires : « Nous avions gardé une réserve pour les régions qui ont particulièrement souffert comme l’Occitanie. J’en prends l’engagement. » Elle a ensuite listé les mesures déjà prises : GNR, distillation (40 millions d’euros, pas encore totalement consommés, avec l’avertissement : « Si vous ne la consommez pas, je n’aurai plus jamais un centime de la réserve de crise »), exonération de la TFNB (300 millions d’euros au départ, sans doute au final 500 millions, voire plus), et indemnité de solidarité nationale (jusqu’à 900 millions d’euros).
Sur l’irrigation, « l’eau est une des clés de l’avenir », mais la question agronomique compte aussi, et elle mise sur les nouvelles techniques génomiques. Enfin, pour l’année blanche, « nous y travaillons ».
Les autres filières et leurs préoccupations
Les éleveurs, confrontés à de fortes pertes de fourrage, redoutent un système de gestion des risques calculé par satellite, jugé déconnecté de la réalité du terrain. Ils s’interrogent aussi sur le calcul du droit à paiement de la future PAC et espèrent le maintien de l’équivalence de 10 hectares de garrigue en zone méditerranéenne pour 1 hectare de prairie dans les régions mieux loties. Dans les fruits et légumes, les producteurs demandent le maintien des dérogations dans la protection des vergers et celui du dispositif TO-DE, qui exonère de cotisations patronales l’embauche des travailleurs temporaires ou saisonniers. Les grandes cultures ont insisté sur l’accès à l’eau.
Sur tous ces points, la ministre s’est voulue rassurante : son ministère y travaille pour maintenir les différents dispositifs. La suite des échanges et des décisions reste à suivre.