La filière équine en Nouvelle-Aquitaine : un pilier économique atypique et diversifié
De l'élevage aux sports équestres, de la reproduction à la valorisation, la filière équine présente une organisation complexe et singulière, profondément ancrée en Nouvelle-Aquitaine, et plus particulièrement dans les Pyrénées-Atlantiques. « La région est une grande terre de cheval », affirme d'emblée Pierre-Yves Pose, président du conseil des équidés de Nouvelle-Aquitaine (Cena) et président de la fédération nationale des conseils des chevaux. Cette réalité est encore plus marquée dans les Pyrénées-Atlantiques où le cheval constitue un élément moteur de la dynamique économique, touristique, agricole et sportive du département. « Le cheval fait partie de son patrimoine », résume ce spécialiste pyrénéen.
Une filière agricole atypique aux multiples facettes
La filière équine est pleinement intégrée au secteur agricole, avec une majorité de détenteurs d'équidés considérés comme agriculteurs. « Mais beaucoup n'ont que quelques chevaux dans une économie globale », précise Pierre-Yves Pose. La région compte peu de grands élevages, la majorité déclarant une moyenne de seulement deux poulinières. La complexité de cette filière réside dans la diversité des usages des équidés, englobant toutes les activités liées au cheval ainsi que l'économie des biens et services associés.
« C'est tout ce qui est en amont et en aval du cheval », explique le président du Cena. La filière se structure traditionnellement autour de quatre secteurs principaux :
- Les courses hippiques
- Le sport et les loisirs équestres
- Le travail avec les équidés
- La production de viande chevaline
Les chevaux de trait : une spécificité régionale marquée
Si les naissances concernent principalement des chevaux de selle, les poulains de trait sont proportionnellement plus présents en Nouvelle-Aquitaine qu'au niveau national, avec une concentration particulière dans les Pyrénées-Atlantiques. Historiquement animal de travail remplacé par la mécanisation, le cheval de trait connaît un regain d'intérêt pour diverses utilisations contemporaines.
Spectacles, animations touristiques, tourisme équestre, agriculture biologique et viticulture font aujourd'hui appel aux équidés pour des démonstrations de pratiques traditionnelles, le portage, l'attelage, le broutage ou le débardage dans des zones inaccessibles aux engins mécaniques. Pierre-Yves Pose lui-même, éleveur d'ânes des Pyrénées, utilise ces animaux comme compagnons de randonnée pour les clients de son gîte et les cède à des producteurs de lait d'ânesse et à des maraîchers recherchant un outil de travail à la fois efficace et écologique.
La viande chevaline : entre production locale et exportation
Au-delà des aspects esthétiques, du travail et de la gestion écologique des espaces naturels, notamment sur les flancs des Pyrénées, de nombreux troupeaux d'estive ont également une destination bouchère. « Les Pyrénées-Atlantiques se démarquent ainsi par l'importance de l'élevage de trait ou boucherie », souligne Pierre-Yves Pose.
La consommation de viande chevaline persiste en France, bien qu'en diminution, avec un paradoxe notable : seule une petite partie provient de chevaux abattus sur le territoire national, principalement des animaux de réforme produisant de la viande rouge. Près de 80% de la viande consommée est importée, tandis que la France produit majoritairement de la viande chevaline blanche, issue de jeunes poulains exportés vers l'Espagne, l'Italie, et même le Japon, grand amateur de ce produit.
Courses, sport et loisirs : les secteurs les plus visibles
Les activités liées à l'équitation et aux courses débordent largement du cadre strictement agricole mais jouent un rôle essentiel dans l'économie de la filière équine. Ces secteurs sont les plus visibles à travers :
- Les centres équestres et pensions équines
- Les cours d'équitation et les professionnels du dressage
- Les courses de trot et de galop avec leurs acteurs (cavaliers, jockeys, drivers)
- Les paris hippiques qui constituent un socle financier important
« C'est toute une chaîne économique, dès la naissance d'un équidé jusqu'au bout de la filière, selon son utilisation, sa valorisation et son commerce. Et dans chacun des secteurs, cela tire toute la filière », expose Pierre-Yves Pose.
Une multitude d'acteurs pour une filière protéiforme
La diversité de la filière équine se reflète dans la multiplicité de ses acteurs, qu'ils soient publics, privés ou parapublics : Institut français du cheval et de l'équitation, Interbev équins, fédérations d'éleveurs, syndicats d'entraîneurs, sociétés ou fédérations françaises, comités départementaux d'équitation, et clusters comme SO Horses.
Le conseil des équidés de Nouvelle-Aquitaine (Cena) représente l'ensemble de cette filière à travers des projets transversaux ambitieux :
- L'opération Adivalor pour la collecte et le recyclage des plastiques agricoles
- La réhabilitation des tribunes du Domaine de Sers
- Le campus digital, plateforme d'information sur les métiers de la filière dans la région
Chiffres clés : l'importance économique de la filière
Les données statistiques confirment l'importance de la filière équine en Nouvelle-Aquitaine :
La région compte environ 126 600 équidés et se positionne comme la deuxième région productrice de chevaux de trait en France. On y recense 7 337 naissances d'équidés par an, dont 2 939 dans les Pyrénées-Atlantiques. Le département est même le premier de France pour les naissances de chevaux de trait avec 1 733 naissances annuelles.
La Nouvelle-Aquitaine occupe également la deuxième place nationale pour le nombre de lieux d'élevage (2 635 dont 675 dans le département) et d'établissements équestres (1 156 dont 100 en Pyrénées-Atlantiques). 66 809 personnes sont licenciées à la fédération française d'équitation, dont 7 124 dans le département.
La région est le berceau de races locales emblématiques : l'anglo-arabe (une des deux grandes races de chevaux de sport français), le poney landais, les races mulassières du Poitou, ainsi que trois races originaires des Pyrénées-Atlantiques : l'âne des Pyrénées, la mule des Pyrénées et le pottok, élément caractéristique du paysage basque.
L'infrastructure équestre régionale comprend 31 hippodromes, accueille 5 événements phares annuels dont le Jumping de Bordeaux et Les 5 étoiles de Pau (unique concours complet 5* en France), et organise 247 réunions de courses dont 42 dans les Pyrénées-Atlantiques.
17 centres de formation et deux écoles spécialisées en traction animale témoignent de la variété des métiers de la filière, qui représente 8 288 emplois directs dans la région et 891 dans les Pyrénées-Atlantiques. Le département regroupe même 20% des entreprises de la filière équine régionale.
Enfin, les haras nationaux sont présents sur quatre sites en Nouvelle-Aquitaine : Villeneuve-sur-Lot, Saintes, Pompadour, et Pau-Gelos, confirmant l'ancrage historique et institutionnel de la filière dans cette région.



