Un collectif de bénévoles s'est formé à Mialet, dans les Cévennes gardoises, pour acquérir la ferme du Cambon, une bâtisse cévenole de 300 m² entourée de 14 hectares, et la transformer en tiers lieu nourricier. L'objectif est de permettre à deux agriculteurs de vivre de leur travail, tout en proposant des stages et des formations. Ce projet, porté par trois structures locales, vise aussi à créer une foncière agricole pour favoriser l'installation de paysans sans foncier ni moyens.
Un projet collectif pour l'autonomie alimentaire
La ferme du Cambon, située au bord du Gardon, est adossée à la montagne. Sur les 14 hectares, quatre sont plats, avec une prairie, des fruitiers et divers arbres, tandis que les dix autres se trouvent sur la colline. Une source permet l'irrigation et des terrasses pourraient être remises en état. Un maraîcher exploite déjà 2 500 m² en fermage, mais le potentiel est plus important. La bâtisse, toujours meublée, appartenait à une propriétaire décédée qui a légué son bien à la fondation Longo Maï, basée à Bâle, en Suisse. Cette fondation collecte des dons et des legs pour acheter des fermes ou des terres abandonnées.
« La fondation ne souhaite pas conserver ce bien mais a envie de voir éclore ici un projet collectif », explique Jocelyn Michard, de Terres vivantes en Cévennes. L'épicerie-restaurant du village, Chez Mialet, a d'abord été approchée, mais le projet était trop grand. « Nous étions trois structures, Terres vivantes en Cévennes, Fruits oubliés et biodiversité et Cévennes 2050. On s'est mobilisé en un collectif hyper dynamique et ça fait 18 mois qu'on bosse sur le projet », ajoute Hervé Parain, ex-apiculteur et cofondateur il y a 35 ans de la boutique des producteurs de Thoiras.
Un lieu ressource pour se former
Le projet prévoit que la ferme devienne un lieu ressource ouvert aux particuliers et aux professionnels, avec des formations à la cuisine, à la conservation des légumes ou au jardinage. Une attention particulière sera portée aux jeunes et aux personnes touchées par la précarité alimentaire et énergétique. « On pense que notre territoire a besoin d'un lieu comme celui-là et que, par ailleurs, les enjeux d'accès au foncier, et au logement, sont majeurs », souligne Jocelyn Michard.
Pour certains bénévoles, l'échec de la mobilisation contre l'achat d'une ferme à Saint-Jean-du-Gard par l'Armée a servi de moteur. « Et puis on a aussi des gens comme moi qui militent depuis longtemps, et qui étaient un peu las d'être dans le constat. On a tous assisté à des conférences, à des projections de films, on connaît les problèmes. Il y avait l'envie de passer à l'action ! », sourit Hervé Parain, qui reconnaît que le projet « est ambitieux, mais notre collectif rassemble des gens avec tous profils et de tous âges, on a une bonne dynamique ».
Financement et réhabilitation
Le coût total de l'achat est de 180 000 €, avec une vente à terme. Le collectif a besoin de 70 000 € rapidement, le reste étant versé sous forme de mensualités pendant 15 ans. Le département du Gard soutient le projet via son programme Gard en commun, avec une aide financière de 10 000 € espérée, destinée à l'ingénierie du projet. Un appel aux dons a été lancé par l'association Cerise, structure support du projet.
La réhabilitation de la maison de 300 m² est évaluée à 200 000 €. Elle permettra de créer des logements pour les paysans et les animateurs du lieu. Une partie de la bâtisse et des dépendances sera louée au tiers lieu nourricier. L'association Cerise envisage de récolter de l'épargne citoyenne, d'emprunter à des organismes « solidaires » et à des banques, et de trouver des partenaires. Pour que la ferme du Cambon devienne « un nouveau commun », il faudra de nombreux bienfaiteurs.



