Dans le petit village lozérien de La Panouse, l'ouverture du restaurant « La Cuisine d'Audrey » a transformé la vie locale. Depuis février 2024, Audrey Batigne y sert une soixantaine de repas chaque midi, attirant habitants et visiteurs venus exprès. Cette initiative, qualifiée d'idée « un peu folle » par son initiatrice, a recréé du lien social dans une commune de quelques dizaines d'habitants à l'année.
Un projet né d'une reconversion et d'un attachement au terroir
Audrey Batigne, 27 ans, a d'abord étudié le droit à Lyon. Après avoir validé sa licence en période de Covid, elle ne trouve pas de master et décide de se tourner vers sa passion : la cuisine. Elle s'inscrit alors dans un CAP pâtisserie à Yssingeaux (Haute-Loire), puis valide également un CAP boulangerie. Chaque week-end, elle rejoint la maison de campagne familiale à La Panouse, où elle se sent bien. Elle effectue des stages à Grandrieu et à Châteauneuf-de-Randon, acquiert de l'expérience en boulangerie, en boucherie-traiteur, et tient une guinguette. « Même en janvier et février, j'ai adoré ! J'aime le cadre de vie, la tranquillité », confie-t-elle. C'est là que germe son projet : créer un restaurant dans la maison familiale.
Une installation qui a nécessité de convaincre
Le projet a d'abord rencontré des réticences familiales. « J'ai dû batailler avec mes parents pendant un an », sourit Audrey. Sa mère, Chrystelle, admet : « Ouvrir un restaurant à La Panouse, faire venir les gens ici, on n'y croyait pas du tout. » Mais Audrey a insisté, montant le projet et démarchant les fournisseurs pour qu'ils étendent leur tournée afin de la servir. Deux ans plus tard, le restaurant affiche complet : une soixantaine de personnes viennent déjeuner chaque midi en semaine, avec des ouvertures le dimanche deux fois par mois hors saison, et tous les dimanches en juillet et août.
Un lieu de vie et de rencontres pour le village
Le restaurant est devenu un véritable lieu de vie. « Avant on se croisait, maintenant on se rencontre », confie un habitant. Audrey Batigne cuisine le matin et propose un menu unique le midi, qu'elle adapte sur demande pour les allergies ou régimes particuliers. Elle privilégie « une cuisine simple, qui met le produit en avant », travaillant avec les agriculteurs et artisans locaux. « Travailler avec les agriculteurs d'ici, c'est un cercle vertueux. Je me fournis chez eux, et eux viennent chez moi faire les anniversaires », explique-t-elle. La génisse vient du village même, le porc et la farine parcourent quelques kilomètres, et les fruits et légumes arrivent d'Ardèche.
Un impact fédérateur et des perspectives d'avenir
L'initiative a suscité l'enthousiasme local. « Tout le village est à fond avec elle. Nous sommes très fiers de ce qu'elle a fait. Et fiers qu'un commerce ait rouvert à La Panouse », avoue Chrystelle. Une habitante se réjouit : « Pour le village, c'est très fédérateur, ça a tout changé. » Le bouche-à-oreille fonctionne, attirant des clients parfois venus de plus d'une heure de route, comme ce couple de pèlerins qui a apprécié le menu à 17 € (entrée, plat, fromage, dessert, café) et promet de revenir. Audrey Batigne, lauréate lozérienne du concours « 101 femmes entrepreneures » et reçue à Paris les 7 et 8 septembre 2026, envisage d'embaucher et réfléchit à ouvrir une boulangerie. Elle espère prouver qu'« il est possible d'entreprendre en milieu rural », et conclut : « Et finalement, j'ai ici une vie sociale plus importante qu'en ville ! »



