Dimanche dernier, une femme de 67 ans a succombé à ses blessures après avoir été piétinée par un troupeau de vaches alors qu'elle randonnait dans l'ouest de l'Autriche. Son époux, âgé de 65 ans, a été transporté en urgence dans un état grave. Ce drame vient s'ajouter à une longue liste d'attaques graves voire mortelles de bovins. De quoi relancer une question qui peut prêter à sourire, mais qui s'avère sérieuse : faut-il avoir peur des vaches ?
D'après une étude des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) aux États-Unis, le bovin cause en moyenne 22 décès par an outre-Atlantique. C'est près de cinq fois plus… que le requin. Alors, les vaches sont-elles de dangereux prédateurs qui s'ignorent ?
Des accidents fréquents, mais pas des « attaques »
Pour François Schelcher, enseignant-chercheur à l'École Nationale Vétérinaire de Toulouse (ENVT), il faut d'abord redéfinir les termes. « Ce sont des accidents et pas des attaques, car il n'y a pas de volonté délibérée de vous faire mal ou de vous tuer, elles se défendent », cadre d'emblée le spécialiste. Reste que le phénomène n'a rien d'exceptionnel : « Ces accidents sont fréquents, ils ne sont pas rares. C'est même une cause majeure d'accident du travail chez les agriculteurs. » La Mutualité Sociale Agricole (MSA) se penche d'ailleurs de près sur la question, au point que la sélection génétique privilégie aujourd'hui des vaches dites « sans cornes » pour réduire la dangerosité de leurs armes de défense.
Dans le monde de l'élevage, le risque est connu de tous. Philippe Palangue, agriculteur et éleveur bovin près d'Aire-sur-l'Adour dans les Landes depuis plus de vingt ans, tempère : « Les gens sont comme les vaches, il y a des agressifs et des gentils. » Mais même chez les plus dociles, l'instinct peut vite reprendre le dessus.
Le déclencheur numéro un : l'instinct maternel
Dans la quasi-totalité des accidents, un facteur clé revient le plus souvent : la présence d'un veau. « Une vache qui est maman a un instinct maternel absolu : elle pense que tout est dangereux autour de son petit », explique Philippe Palangue. L'éleveur se souvient d'un accident survenu il y a quelques années près de chez lui : « Un pèlerin qui faisait le chemin de Compostelle est passé sous le fil d'un champ pour faire ses besoins. À côté, il y avait une vache qui venait de vêler. Elle l'a chargé pour protéger son veau et il a fini à la clinique. » L'agriculteur applique d'ailleurs une règle d'or chez lui : « Une de mes vaches a mis bas avant-hier. Pendant huit jours, je le sais, je ne rentre pas dans son enclos. » Le vétérinaire acquiesce : une vache fera tout pour protéger son petit.
Le deuxième scénario à risque concerne les taureaux, qui peuvent charger pour protéger leur troupeau s'ils estiment qu'un intrus s'approche trop près de leurs femelles.
Attention à votre voix, à vos vêtements et votre parfum
Enfin, le troisième cas est l'effet de surprise. Pour éviter de se retrouver dans une situation critique lors d'une randonnée, il faut comprendre comment la vache perçoit son environnement. « Le bovin n'a quasi-pas de vision latérale, ni en arrière, précise François Schelcher. Si vous l'abordez par-derrière sans qu'il ne puisse ni vous sentir, ni vous voir, ni vous entendre, il est surpris et enclenche une réaction de défense. »
De plus, l'animal possède une mauvaise vue globale mais s'avère très sensible aux contrastes. « Les couleurs sombres ou ternes ont un effet excitateur moindre, contrairement aux teintes vives », développe le vétérinaire toulousain. Leurs autres sens sont également exacerbés : les vaches détestent les sons aigus et stridents (mieux vaut éviter de crier) et certaines odeurs fortes, comme le parfum, peuvent profondément les incommoder et les stresser.
La vache, comme beaucoup d'autres animaux, n'est pas une prédatrice ou un danger pour l'être humain, mais une bête tout simplement rapidement stressée et surtout très protectrice de 700 kg… Gardez donc vos distances et signalez-vous calmement (et de loin).



