En Anjou, face à la multiplication des épisodes de canicule, un viticulteur a choisi une solution radicale pour protéger ses vignes : planter des arbres. Une méthode ancestrale qui fait ses preuves, mais qui a d'abord suscité l'incompréhension de ses confrères.
L'agroforesterie comme rempart contre la chaleur
Dans le Maine-et-Loire, au cœur du vignoble angevin, Jean-Pierre Martin, vigneron à la tête d'un domaine de 25 hectares, a décidé de planter des arbres au milieu de ses vignes. « Les premières années, on m'a traité de fou », confie-t-il. Pourtant, cette technique d'agroforesterie, qui consiste à associer arbres et cultures sur une même parcelle, s'avère particulièrement efficace pour lutter contre les températures extrêmes.
Les arbres, en procurant de l'ombre, permettent de réduire la température au niveau des grappes de raisin. « On gagne jusqu'à 5 degrés par rapport à une vigne exposée en plein soleil », explique le viticulteur. Cette baisse de température est cruciale pour éviter le stress hydrique des plants et préserver la qualité du raisin, notamment son acidité et ses arômes.
Un investissement sur le long terme
Le projet n'a pas été simple à mettre en œuvre. Jean-Pierre Martin a dû adapter son matériel et ses méthodes de travail. Les arbres, principalement des essences locales comme les chênes, les tilleuls ou les érables, sont plantés en bordure de parcelles ou en alignement au sein des rangées de vignes. Ils sont taillés régulièrement pour ne pas concurrencer la vigne en eau et en nutriments.
« C'est un investissement sur le long terme, mais les bénéfices sont déjà visibles », se réjouit le vigneron. En plus de l'ombrage, les arbres créent un microclimat favorable : ils augmentent l'humidité ambiante, favorisent la biodiversité (insectes auxiliaires, oiseaux) et protègent les sols de l'érosion.
Un modèle qui fait des émules
Si au début, les voisins de Jean-Pierre Martin étaient sceptiques, certains commencent à s'intéresser à sa démarche. « Aujourd'hui, plusieurs viticulteurs du secteur viennent me voir pour comprendre comment je fais », indique-t-il. Des formations et des journées techniques sont organisées pour promouvoir l'agroforesterie viticole.
Des organismes comme la Chambre d'agriculture ou l'Institut français de la vigne et du vin suivent de près ces expérimentations. Les premiers résultats montrent que les vignes agroforestières sont plus résistantes aux aléas climatiques et produisent des raisins de meilleure qualité, avec un potentiel en sucre et en acidité mieux équilibré.
Un enjeu pour l'avenir de la viticulture
Face au changement climatique, l'agroforesterie apparaît comme une piste sérieuse pour adapter la viticulture française. « On ne pourra pas continuer à produire du vin de qualité si on ne change pas nos pratiques », prévient Jean-Pierre Martin. Les épisodes de canicule à répétition, comme celui de l'été 2022, ont montré les limites des techniques traditionnelles.
D'autres régions viticoles, comme le Bordelais ou la vallée du Rhône, commencent également à s'intéresser à l'agroforesterie. Des projets de recherche sont en cours pour déterminer les meilleures essences d'arbres, les densités de plantation optimales et les modes de gestion adaptés à chaque terroir.
Pour le vigneron angevin, la route est encore longue, mais il est convaincu d'avoir pris la bonne décision. « Planter des arbres, c'est préparer l'avenir pour mes enfants et pour le vin de demain », conclut-il, en regardant ses vignes désormais protégées par les frondaisons.



