Un projet de cannabis médical bloqué par la justice en Dordogne
À Petit-Bersac, dans la Dordogne, le terrain destiné à accueillir un site de culture de cannabis à usage médical reste désespérément vierge. Aucun coup de pioche n'a encore été donné, et pour cause : le permis de construire, délivré en octobre 2023, fait l'objet d'un recours devant le tribunal administratif de Bordeaux. Huit particuliers et la société de protection de l'environnement Sepanso ont attaqué cette autorisation deux mois après son obtention, craignant « une atteinte incontestable à l'environnement ». À ce jour, aucune date d'audience n'a été fixée, plongeant le projet dans l'incertitude.
Une levée de fonds cruciale de 40 millions d'euros
Malgré cette impasse judiciaire, Brahim Sebart, le fondateur de 41 ans de PGP Farmer, maintient son ambition. Il s'apprête à lancer une levée de fonds de 40 millions d'euros pour concrétiser son projet. Cette somme colossale doit provenir pour un tiers de fonds d'investissement privés nord-américains, pour un autre tiers de financements publics, et le dernier tiers d'emprunts bancaires. « Cela commence à être problématique », reconnaît l'entrepreneur, qui craint que les investisseurs ne s'engagent « tant que ça ne sera pas jugé ».
Le montant initial de 50 millions d'euros a été revu à la baisse après une réévaluation des coûts, au vu du contexte économique français. Déjà, 87 investisseurs ont apporté 3 millions d'euros ces deux dernières années, avec des contributions allant de 5 000 à 350 000 euros. Ces fonds ont permis l'acquisition des terrains à Petit-Bersac, ainsi que la réalisation d'études et la conception architecturale.
Des démarches administratives en cours
Parallèlement, PGP Farmer a déposé un dossier de demande d'aides publiques à l'automne 2025 auprès de la Région Nouvelle-Aquitaine et de la Banque publique d'investissement, dans le cadre du plan France 2030. La réponse est attendue pour le mois de mars, selon Brahim Sebart, originaire de Parcoul-Chenaud.
Le cannabis médical en France : un cadre légal en construction
Le projet s'inscrit dans un contexte légal encore flou. L'usage du cannabis médical n'est pas légalisé en France, à l'exception d'une vaste expérimentation lancée en 2021 sous l'égide de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Cette expérimentation, initialement prévue pour 3 000 patients, a été prolongée jusqu'à fin mars 2026 pour une partie d'entre eux.
La Haute Autorité de santé (HAS) évalue actuellement cet usage pour déterminer si ces médicaments pourront être pris en charge par l'assurance maladie et à quel taux de remboursement. Le cannabis thérapeutique est destiné à soulager des patients souffrant de pathologies lourdes comme l'épilepsie, la sclérose en plaques, ou les effets secondaires des chimiothérapies.
Une phase de « preuve d'essai » déjà lancée
Malgré les incertitudes légales, PGP Farmer a suffisamment confiance pour avoir initié une phase de « preuve d'essai ». Ses variétés de cannabis sont cultivées à petite échelle dans un laboratoire de recherche spécialisé à l'étranger, qui a recréé le climat du Périgord. L'objectif est de valider la qualité pharmaceutique des variétés, le rendement attendu, et donc la viabilité du business plan.
« Dans huit semaines, nous récolterons 200 kilos de plantes », assure Brahim Sebart. Une fois les analyses requises effectuées, « la matière sera détruite devant huissier », conformément à la réglementation en vigueur. Cette étape cruciale pourrait convaincre les investisseurs de la faisabilité technique du projet, même si l'ombre du tribunal administratif plane toujours sur le site de Petit-Bersac.



