Lignite de Saint-Paulet-de-Caisson : une conférence pour raviver la mémoire
Lignite de Saint-Paulet-de-Caisson : une conférence mémoire

Jeudi 8 octobre, à la salle des fêtes de Saint-Paulet-de-Caisson, Serge Rehm, membre de l'Amicale des anciens mineurs et petit-fils de mineur, animera une conférence intitulée Une si petite mine. Organisée en partenariat avec l'université populaire du Gard rhodanien, elle reviendra sur l'exploitation du lignite dans la commune, un pan méconnu de l'histoire locale.

Une découverte fortuite à la fin du XVIIIe siècle

L'histoire commence à la fin du XVIIIe siècle, lorsque des propriétaires de terrains découvrent par hasard, en creusant, ce qui s'avère être du lignite. Ce charbon, au faible pouvoir calorifique, servait alors pour la cuisson et le chauffage, en complément du bois. En 1806, une concession est accordée pour l'exploitation du sous-sol.

La mine s'étendait sur 8 122 hectares, superficie ramenée à 4 000 hectares en 1915. Elle couvrait plusieurs communes : Saint-Paulet-de-Caisson, Saint-Julien-de-Peyrolas, Saint-Christol-de-Rodières, Cornillon, Saint-Gervais, Saint-Alexandre et Pont-Saint-Esprit. Le gisement ne dépassait pas 100 mètres de profondeur.

D'autres mines dans le Gard rhodanien

Le sous-sol du Gard rhodanien a aussi connu d'autres exploitations. La mine de lignite du Pin, concédée en 1833 sur 647 hectares, a fourni du charbon pour le chauffage des magnaneries jusqu'à la Première Guerre mondiale. À Tavel et Lirac, la mine de phosphatière de Romagnac a employé jusqu'à 465 ouvriers et produit 3 478 tonnes de phosphate avant de cesser son activité vers 1911.

À Saint-Paulet-de-Caisson, l'exploitation devient plus intéressante à partir de 1926, quand la Safeem (société française d'exploitation et d'étude minière) obtient tous les droits de la concession. Entre 60 et 80 tonnes de lignite sont alors extraites chaque jour. Avant cela, le charbon servait surtout à l'autoconsommation, avec quelques ventes locales, notamment via des revendeurs à Orange.

Des conditions de travail épouvantables

Les mineurs travaillaient à genoux ou assis, dans la chaleur, l'humidité, avec une faible lumière et des poussières de charbon. Ils accédaient au filon par une échelle depuis le puits principal, situé au niveau de la route de la Blache. Avec la Safeem, l'électricité modernise les méthodes. Dans les années 1940, le groupe Péchiney prend la gestion de la mine et introduit convoyeurs à bande, ascenseurs, cages à contrepoids et treuils.

Serge Rehm a recueilli des témoignages, notamment de sa mère, sur le rôle des femmes et filles de mineurs. Elles alimentaient le feu pour l'eau chaude, lavaient les vêtements et géraient les travaux agricoles, car les mineurs étaient souvent aussi paysans.

L'usine d'Eugène Houdry et le nuage de soufre

Dans les années 1920, le gouvernement sollicite l'ingénieur Eugène Houdry pour créer un nouveau carburant. Il découvre qu'en chauffant le lignite à 500 °C, on obtient un pétrole à fort indice d'octane. Il invente le craquage catalytique et fait construire une usine à Saint-Paulet-de-Caisson, opérationnelle en 1929. « Il y avait au-dessus du village un nuage permanent à cause du soufre », rappelle Serge Rehm. Faute de financement, l'usine cesse de fonctionner après six mois. Houdry part aux États-Unis, où une quarantaine de raffineries produisent cette essence, utilisée par l'aviation américaine pendant la Seconde Guerre mondiale.

La fin de l'exploitation en 1962

En 1942, Péchiney crée la SLBG (société des lignites de Barjac et du Gard) pour gérer la mine. Le lignite part à l'usine d'aluminium de Salindres. Mais après l'inondation de la plaine de Barjac en 1960, la société s'endette. Avec l'arrivée du gaz et du fioul, et un coût d'exploitation trop élevé, le marché ne trouve pas d'investisseurs. En 1962, le dernier wagonnet de lignite remonte, et les galeries sont noyées.

La conférence de Serge Rehm se tiendra le jeudi 8 octobre à 18 h 30 à la salle des fêtes de Saint-Paulet-de-Caisson. L'entrée est gratuite, mais l'inscription est obligatoire sur le site de l'université populaire du Gard rhodanien.