Joseph Laulom, pionnier des bus landais : l'histoire oubliée du désenclavement de Mont-de-Marsan
Joseph Laulom, pionnier des bus landais : une histoire oubliée

Joseph Laulom, le visionnaire qui connecta Mont-de-Marsan au monde

Dans les archives familiales, Jacques Cadilhon conserve précieusement tous les documents relatifs à son grand-père, Joseph Laulom. Ce dernier, avec ses autobus, a joué un rôle crucial dans le désenclavement de Mont-de-Marsan en inaugurant les toutes premières liaisons régulières vers Dax. Le récit de cette aventure commence avec un article daté du 21 février 2022, qui plonge dans les racines de cette épopée transport.

L'inauguration historique de 1927 : un bond en avant pour les Landes

Le 23 juillet 1927, un hebdomadaire landais mettait en une les Autobus Laulom, accompagnés d'un dessin signé Remy. L'article décrivait avec précision : « Une voiture neuve, à voyageurs, est partie le matin à 9 h 30, de Mont-de-Marsan, place du Commerce, pour être soumise aux épreuves réglementaires de vitesse et de stabilité. Le convoi a circulé à la vitesse normale de 25 kilomètres à l'heure, stoppant à l'aller à tous les points d'arrêt fixés par l'horaire. La voiture d'essai a donné le maximum de sécurité ; son système de suspension est bien compris et atténue considérablement des cahots inévitables sur les routes. À midi, l'autobus inaugural est arrivé à Dax, où le concessionnaire, M. Laulom, avait préparé un déjeuner succulent. »

Jacques Cadilhon, les yeux brillants, feuillette son classeur de souvenirs. Dans le coin supérieur droit d'une coupure de journal jaunie, une date manuscrite rappelle : « 1927 ». Ces lignes, telles une fenêtre sur le passé, ressuscitent une époque où les premiers bus Laulom pouvaient accueillir jusqu'à 22 passagers et rouler à une vitesse moyenne de 35 km/h. « Ces voitures sont larges, spacieuses, bien aérées et contiennent 22 places intérieures. Trois conducteurs ont pris tour à tour le volant du convoi d'épreuves, qu'ils ont mené avec prudence. Le convoi est reparti de Dax à 4 h 30 du soir, et d'une seule traite, il a réintégré Mont-de-Marsan, son port d'attache, une heure et demie plus tard », relate l'archive.

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Un héritage familial et historique préservé avec passion

Jacques Cadilhon, professeur d'arts plastiques au lycée Victor-Duruy, part à la retraite après trente ans de carrière. Avec une rigueur méticuleuse, ce passionné d'histoire a collecté, classé, rangé et numérisé tous les documents concernant sa famille. « Les bus Laulom ont permis de désenclaver Mont-de-Marsan », insiste-t-il, soulignant l'impact de cette innovation sur la région. Joseph Laulom, né en 1885, fils d'agriculteur, s'installa comme mécanicien à Mugron avant de servir lors de la Première Guerre mondiale, où il réparait des canons.

À son retour, il parcourut la France comme compagnon du devoir, puis ouvrit son garage du Pont du commerce à Mont-de-Marsan. Une réclame de l'époque proclamait : « Auto-cars et autobus pour mariages et excursions. Location de voitures en tous genres. » L'entrepreneur, visionnaire, ouvrit la ville vers l'extérieur en créant les premières lignes de bus vers Dax, transformant ainsi les déplacements dans les Landes.

Expansion et rôle pendant la Seconde Guerre mondiale

Face au succès, Joseph Laulom, reconnaissable à ses longues moustaches coiffées à la cire, acheta en 1930 des entrepôts près des arènes de Mont-de-Marsan. L'activité s'intensifia, avec de nouveaux tracés vers Luxey, Labouheyre, Lencouacq, Pomarez ou Rion, desservant une cinquantaine de communes. « Je n'ai pas encore trouvé de preuves, mais plusieurs personnes m'ont dit que les cars de mon grand-père ont servi à cacher des réfugiés pour franchir la ligne de démarcation et aller en zone libre pendant la Seconde Guerre mondiale », révèle Jacques Cadilhon, ajoutant une dimension héroïque à cette histoire.

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La postérité du nom Laulom et la réhabilitation du site

En 1962, à la mort de Joseph Laulom, les bus ne redémarrèrent pas. Henri, l'un de ses fils, hérita des entrepôts, décrits par Jacques Cadilhon comme « de vraies pièces d'histoire avec de belles ferronneries pour la charpente ». Après des années de refus, Odette, la femme d'Henri, accepta de vendre à la mairie. En 2021, la Ville racheta pour 1 million d'euros les 7 000 mètres carrés de l'îlot Laulom, ouvert au public fin novembre pour redécouvrir cet espace.

Jacques Cadilhon espère que le nom de Laulom sera conservé, symbolisant le passage et connectant les arènes à la place Pancaut, deux lieux clés de l'histoire familiale. « Ce lieu sera réhabilité dans le cadre de la redynamisation du centre-ville pour en faire quelque chose d'ouvert, d'aéré et correspondant aux souhaits des Montois », explique la mairie, qui a clos une enquête publique fin janvier pour recueillir les avis des habitants.