Le château de Flaugergues, à Montpellier, fête ses 330 ans de transmission ininterrompue au sein d'une même lignée. Acheté le 11 septembre 1696 pour 10 000 livres, ce domaine classé aux Monuments Historiques est l'une des 18 « folies » de la ville. Aujourd'hui, Pierre de Colbert en est le propriétaire, entouré de sa mère Brigitte et de sa fille Rose, trois générations réunies pour perpétuer cette histoire unique.
Une acquisition en 1696, une lignée ininterrompue
Tout commence avec Etienne de Flaugergues, conseiller à la Cour des Comptes de Montpellier, qui achète une métairie le 11 septembre 1696. Il y fait construire son « château », la troisième « folie » (c'est-à-dire « demeure dans les feuilles ») bâtie à Montpellier sur les 18 répertoriées. La demeure, entourée de jardins à la française, servait alors de lieu de villégiature, habité seulement quelques semaines par an.
Depuis, quatre noms de famille se sont succédé pour une même lignée : les de Flaugergues, les de Boussairolles (par le mariage de Gilette de Flaugergues avec Jacques-Joseph de Boussairolles), les de Saizieu (par l'union de Marie-Claire de Boussairolles avec Charles Antoine Barthélémy de Saizieu), et enfin les de Colbert. C'est René Barthélémy de Saizieu, sans enfant, qui transmet le domaine à son neveu Henri de Colbert en 1972. Henri et son épouse Brigitte en deviennent propriétaires, avant de passer la main à leur fils Pierre.
Une demeure vivante, ouverte aux visiteurs
« C'était comme la maison de la Belle au bois dormant », se souvient la comtesse Brigitte de Colbert, évoquant son arrivée à Flaugergues avec son mari. « Je n'avais pas 30 ans, deux fillettes en bas âge, mais je me suis dit que ça valait vraiment le coup. J'étais un peu triste par la disparition de l'oncle de mon mari, mais aussi contente car on avait des enfants et que le lieu allait vivre. »
La comtesse, loin de se reposer sur ses titres, se retrousse les manches : « Il faut démystifier, on est des personnes comme les autres. » Son fils Pierre, devenu propriétaire, complète en riant : « Quand des visiteurs cherchaient ma mère, elle était soit perchée sur un escabeau, soit en train de gratter de la peinture… »
Avec Henri, « qui avait 1 000 idées à la minute », elle réaménage l'intérieur pour y vivre tout en conservant l'esprit d'origine. Le couple décide également d'ouvrir le domaine au public, permettant visites, mariages, afterworks et réceptions. Aujourd'hui, quelque 450 événements s'y déroulent chaque année, sans compter le vignoble et le restaurant.
Un domaine d'exception au cœur de la ville
Flaugergues abrite l'un des plus grands jardins privés de Montpellier, avec un parc de plus de quatre hectares comprenant un jardin à la française, un jardin à l'anglaise, un jardin d'inspiration japonaise, un jardin des cinq sens, une orangerie et une bambousaie, le tout complété par une allée d'oliviers. Henri et Brigitte ont aussi mis à disposition deux hectares de terre pour créer une ferme en permaculture, une oasis citadine au cœur de la ville.
« Ce lieu est singulier, c'est un ensemble vivant, il est hors du temps et il ne dort jamais… », conclut Pierre de Colbert.
Des anecdotes et des souvenirs de famille
Pierre de Colbert, né dans le château, garde des souvenirs plein la tête. Il évoque les nuits à avoir peur d'aller aux petits coins, la panique face au buste en marbre blanc de Jacques-Joseph de Boussairolles qui trône dans l'escalier : « Nous en avions une peur bleue. Il nous semblait effrayant avec mon frère et mes sœurs. À tel point qu'une fois parents, nous avons décidé qu'avant chaque sieste, nos enfants devaient lui caresser le nez, histoire de rigoler un peu et de le tourner en ridicule pour que, eux, n'aient pas peur. »
Il raconte aussi les matelas passés par la fenêtre pour dormir au frais l'été : « On dormait en haut du parapet de l'orangerie, on avait Flaugergues rien que pour nous. » Brigitte de Colbert se souvient des mercredis passés avec ses petits-enfants, « sauf la fois où Rose a disparu trop longtemps. Elle était haute comme trois pommes et quand je l'ai retrouvée elle m'a dit : "Il faut bien que je m'intéresse aux jardins…" »
Le château recèle encore des trésors inexploités, comme cette tenture avec une croix gammée retrouvée au fond d'un coffre, trace de la garnison de la Luftwaffe qui avait réquisitionné le château en 1942. On trouve aussi trois bunkers et des noms de nazis inscrits puis effacés sur une porte. René de Saizieu, promu Commandeur de la Légion d'honneur, « a ainsi eu l'impression de laver Flaugergues de cette période de l'Occupation », confie Pierre de Colbert.



