Le funk, cette musique afro-américaine née à la fin des années 1960, agit sur le métabolisme comme une drogue euphorisante. Le documentaire « We Want the Funk ! » de Stanley Nelson et Nicole London (2025) le démontre avec une énergie contagieuse. Diffusé ce mercredi 5 août à 22h45 sur Arte, il retrace l'histoire de ce genre musical indissociable de celle des États-Unis, explorant ses racines, ses évolutions et son influence jusqu'à aujourd'hui.
Une musique qui ne laisse personne immobile
Avertissement aux spectateurs : il est physiquement impossible de demeurer immobile en visionnant ce documentaire. Vous allez commencer par bouger la tête, les épaules, puis par vous dresser d'un bond et vous trémousser en tout sens. Cette irrépressible gesticulation serait la meilleure définition de cet adjectif sans traduction en français : funky. Le bassiste Marcus Miller confirme : « Il n'y a pas de chanson funk triste. »
Mais on peut être folâtre et politiquement énervé. Si le funk est « la musique qui incarne pleinement l'identité noire » selon la chanteuse Nona Hendryx, il inclut aussi toutes les souffrances du peuple noir et tous les mouvements qui ont éclaté pour y mettre fin.
Une décomplexion émancipatrice
De fait, le premier tube du genre, en 1968, est « Say it Loud – I'm Black and I'm Proud » (« Dites-le haut et fort – je suis noir et j'en suis fier ») de la première icône funky, James Brown. Le documentaire rappelle que le mot « funk » désignait, au départ, l'odeur corporelle que les racistes prêtaient aux Noirs. De ce stigmate retourné d'un éclat de rire, il reste un courant dans lequel des musiciens en butte aux discriminations ne baissent plus la tête, ne refoulent plus rien : les grands écarts de James Brown, les déguisements de George Clinton (Parliament-Funkadelic), la virtuosité monstre de Larry Graham (bassiste de Sly and the Family Stone, inventeur du « slap », ce mouvement de claquage-tirage de cordes), les glissements aériens du guitariste Carlos Alomar, les chorégraphies loufoques de Labelle… tout témoigne d'une décomplexion émancipatrice, mais surtout ouverte sur l'autre.
Le funk, une musique universelle
On sait gré à « We Want the Funk ! », qui mêle l'histoire sociale américaine, la sociologie et la musicologie, de ne pas oublier que le funk s'est aussi exporté, avec succès, chez quelques génies blancs de la chose musicale : David Bowie (« Fame », « Golden Years »), David Byrne, des Talking Heads (« Once in A Lifetime »), et même, mais oui, Elton John (« Bennie and the Jets »). Tout le monde peut être funk !
Le documentaire de Stanley Nelson et Nicole London dure 1h21 et est disponible en replay jusqu'au 27 janvier 2027 sur Arte.tv.



