Constantinople et Ablaye Cissoko créent une Perse mandingue à La Seine musicale
Constantinople et Ablaye Cissoko : fusion musicale à Boulogne-Billancourt

Constantinople et Ablaye Cissoko créent une Perse mandingue à La Seine musicale

Le dimanche 22 février 2025, l'auditorium de La Seine musicale à Boulogne-Billancourt a vibré au rythme d'une rencontre musicale exceptionnelle. Kiya Tabassian, musicien iranien établi à Montréal, et Ablaye Cissoko, griot sénégalais, ont présenté leur dernier album Estuaire, paru début février, devant un public conquis. Cette collaboration artistique, initiée en 2015 avec Jardins migrateurs puis poursuivie en 2019 avec Traversées, atteint son apogée avec ce troisième opus.

Une fusion instrumentale unique

Sur une scène ornée de kilims traditionnels, deux instruments séparés par 6 000 kilomètres de géographie ont dialogué avec une harmonie remarquable. Kiya Tabassian joue du setar, un luth à manche long iranien dont le nom signifie étymologiquement « trois cordes », bien qu'il en comporte aujourd'hui quatre. « La troisième corde a été doublée il y a environ cent cinquante ans », explique le musicien. Ablaye Cissoko, quant à lui, maîtrise la kora, la harpe à calebasse emblématique des griots d'Afrique de l'Ouest.

« Il est petit, mais costaud », commente avec admiration Ablaye Cissoko en comparant la taille modeste du setar à l'imposante kora. Cette juxtaposition physique symbolise parfaitement la puissance de leur collaboration : deux traditions musicales distinctes qui, en se rencontrant, créent une force artistique nouvelle.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

L'estuaire comme métaphore artistique

Le titre de l'album, Estuaire, n'a pas été choisi au hasard. Kiya Tabassian le décrit comme « l'endroit où l'eau douce rencontre l'eau salée, un symbole de passage, de renouveau et de fertilité ». Cette image aquatique sert de métaphore à leur projet musical : la confluence de leurs univers culturels crée un territoire imaginaire qu'ils nomment « Perse mandingue ».

Cette création artistique illustre le pouvoir magique de la musique de générer des pays imaginaires, des espaces où les frontières géographiques et culturelles s'estompent. Leur collaboration, enrichie par la complicité du percussionniste canadien Patrick Graham, détourne métaphoriquement les fleuves musicaux pour qu'ils se rejoignent dans cette embouchure sonore unique.

Un dialogue au-delà des continents

Le concert du 22 février a démontré comment deux artistes, issus de traditions musicales millénaires, peuvent créer un langage commun. Le setar, avec ses sonorités délicates et complexes, répondait aux arpèges envoûtants de la kora, créant une texture sonore à la fois familière et novatrice.

Cette performance s'inscrit dans une démarche artistique plus large qui, depuis une décennie, explore les possibilités de fusion entre la musique persane et les traditions mandingues. Chaque album marque une étape dans ce voyage musical, avec Estuaire représentant le point de convergence de leurs explorations respectives.

L'audience de La Seine musicale a ainsi pu assister à la matérialisation sonore de cette Perse mandingue imaginée par les artistes, un territoire musical qui continue d'évoluer et de se redéfinir à chaque performance.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale