Xenia Fedorova, figure controversée des médias du groupe Bolloré, se trouve au cœur d'une intense polémique après la publication d'un arrêté d'expulsion pris à son encontre. Alors que la direction du groupe affirme avoir prononcé une mise à pied conservatoire, plusieurs sources internes contredisent cette version, évoquant un maintien en poste. Cette situation crée un flou juridique et politique autour de la journaliste, connue pour ses prises de position radicales.
Une mise à pied contestée
Selon un communiqué interne consulté par Libération, la direction de CNews et d'Europe 1 aurait notifié à Xenia Fedorova une mise à pied conservatoire, en attendant l'examen de son cas. Cette mesure ferait suite à l'arrêté d'expulsion signé par le ministère de l'Intérieur, qui lui interdit de séjourner sur le territoire français. Cependant, des salariés du groupe, s'exprimant sous couvert d'anonymat, affirment que la journaliste continue d'apparaître à l'antenne et de produire des contenus pour les chaînes du groupe.
Interrogée par nos soins, la direction du groupe Bolloré n'a pas souhaité commenter ces informations, se contentant de renvoyer à un "processus interne en cours". Cette opacité alimente les spéculations et les tensions au sein des rédactions, où certains dénoncent une gestion "à géométrie variable" selon les individus.
Une figure clivante
Xenia Fedorova, d'origine russe, s'est fait connaître par ses interventions virulentes sur les questions d'immigration et d'identité nationale. Ses chroniques, souvent jugées polémiques, ont valu au groupe Bolloré de nombreuses mises en demeure du CSA (devenu Arcom). En 2023, elle avait déjà été épinglée pour des propos jugés contraires à l'honnêteté de l'information. Son arrêté d'expulsion, révélé par Le Canard enchaîné, a été justifié par le ministère de l'Intérieur par des "menaces à l'ordre public", sans plus de précisions.
Cette décision intervient dans un contexte tendu, marqué par la montée des tensions diplomatiques entre la France et la Russie. Certains analystes y voient une réponse aux ingérences russes présumées, tandis que les soutiens de la journaliste dénoncent une "instrumentalisation politique" et une atteinte à la liberté de la presse.
Réactions contrastées
Du côté du gouvernement, on assume pleinement cette mesure. Le ministre de l'Intérieur a déclaré : "La France ne saurait tolérer des individus qui menacent sa cohésion et sa sécurité. Cet arrêté est une décision de droit commun, prise dans le respect des procédures." En revanche, plusieurs organisations de journalistes, comme la SDJ de CNews, ont exprimé leur inquiétude quant à l'impact de cette affaire sur l'indépendance rédactionnelle du groupe.
Au sein de la majorité présidentielle, les avis sont partagés. Certains députés, comme l'écologiste Sandrine Rousseau, ont salué une décision "nécessaire", tandis que d'autres, plus proches de la droite, s'interrogent sur les motivations réelles de cette expulsion, y voyant une tentative de museler une voix dissonante.
Un précédent inquiétant ?
Cette affaire soulève des questions plus larges sur la place des journalistes étrangers en France et sur les critères d'expulsion. Selon un rapport de Reporters sans frontières, la France a expulsé trois journalistes au cours des cinq dernières années, un chiffre faible mais qui tend à augmenter. Des juristes pointent du doigt le flou juridique entourant la notion de "menace à l'ordre public", qui peut être interprétée de manière extensive.
Pour l'heure, Xenia Fedorova n'a pas réagi publiquement, mais ses avocats ont annoncé leur intention de contester l'arrêté devant le tribunal administratif. Ils dénoncent une procédure "expéditive" et une absence de preuves tangibles. En attendant, le groupe Bolloré semble vouloir temporiser, laissant planer le doute sur le sort de la chroniqueuse.



