Désinformation : l'Arcom alerte sur la vulnérabilité généralisée des Français
Une étude de l'Arcom publiée ce mardi 24 mars 2026 révèle des chiffres préoccupants sur la perméabilité des Français à la désinformation. Plus de 75% des personnes interrogées ont cru à au moins une fausse information parmi un panel testé, tandis que 22% des sondés sont jugés "très perméables" à ces contenus trompeurs.
Une étude édifiante sur la crédulité numérique
Pour réaliser cette enquête, 2 000 personnes ont été interrogées en ligne au mois de novembre. Dix informations leur ont été présentées, dont trois vraies et sept fausses. Les résultats montrent que plus d'un sondé sur cinq a jugé exactes une majorité d'affirmations pourtant erronées.
"Nous sommes tous vulnérables à la désinformation, même si on l'est à des niveaux variables", a commenté Martin Ajdari, le président du régulateur de l'audiovisuel et du numérique, lors de la présentation de l'étude. Cette déclaration souligne le caractère systémique du phénomène.
Le profil des personnes les plus perméables
L'analyse des données révèle que 22% des sondés ont jugé "exacte de façon certaine au moins quatre des sept fausses informations". À l'opposé, seulement 23% ont correctement identifié toutes les fausses affirmations.
Les Français "les plus perméables" aux fausses informations présentent des caractéristiques spécifiques :
- 54% sont des hommes
- 33% ont entre 25 et 44 ans
- 35% appartiennent aux catégories socioprofessionnelles moins favorisées (CSP-)
- Ils s'informent davantage via "les médias algorithmiques" (réseaux sociaux, plateformes, intelligence artificielle)
Parmi les fausses affirmations présentées figuraient : "81% des soignants refusent de se faire vacciner contre la grippe" ou "Une nouvelle loi sanctionne de 750 euros le prêt non déclaré d'un véhicule à un proche".
Un décalage inquiétant entre perception et réalité
L'étude met en lumière un paradoxe significatif : 60% des sondés pensent savoir identifier une fausse information, mais seuls 23% jugent que les autres en sont capables. Ce décalage révèle une surestimation de ses propres capacités de discernement.
Catherine Jentile de Canecaude, membre du collège de l'Arcom, tempère cependant ces résultats : "Il y a quand même de l'espoir car il y a une conscience d'être soumis aux fausses informations (97% des sondés) et de la nécessité de lutter contre elles (80%)".
La nécessité d'une régulation renforcée
Dans ce contexte, Martin Ajdari a jugé nécessaire une "régulation plus directive et verticale des plateformes", affirmant que "la corégulation ne marche pas". Cette position intervient alors que l'Arcom coordonne l'application en France du règlement européen sur les services numériques (DSA), qui vise à réguler les activités des plateformes pour lutter contre la propagation de contenus "illicites et préjudiciables".
Benoît Loutrel, membre du collège de l'Arcom, justifie cette approche : "Le monde a changé, on voit bien que les plateformes n'ont plus le même volontarisme depuis l'élection de Donald Trump". Cette référence aux tensions avec les États-Unis souligne les défis géopolitiques de la régulation numérique.
Les médias traditionnels comme rempart partiel
L'étude révèle également que 40% des Français "les moins perméables" aux fausses informations ont un niveau d'étude supérieur et s'informent plus que la moyenne via les médias traditionnels (télévision, presse...). Cette corrélation suggère que l'éducation et les sources d'information diversifiées jouent un rôle protecteur contre la désinformation.
Face à ces constats, l'Arcom appelle à une prise de conscience collective et à des mesures réglementaires plus fermes pour protéger les citoyens contre la désinformation qui prolifère notamment sur les réseaux sociaux et les plateformes numériques.



