CBS face aux pressions économiques pour satisfaire Donald Trump
La chaîne historique CBS, pilier du paysage audiovisuel américain, traverse une période de turbulences éditoriales directement liées à des pressions économiques visant à satisfaire l'administration de Donald Trump. Cette situation illustre l'érosion préoccupante de l'indépendance des médias depuis le retour au pouvoir du président républicain, un phénomène qui pourrait s'étendre à d'autres grands réseaux d'information.
Une indépendance journalistique mise à mal
L'absorption de CBS par Skydance, approuvée en 2025 avec le soutien explicite de Donald Trump, a entraîné une série de décisions éditoriales favorables au président. La dernière en date concerne le blocage de la diffusion d'une interview d'un candidat démocrate réalisée par l'animateur star Stephen Colbert, pourtant figure emblématique de la chaîne. Ce dernier se trouve dans le collimateur des nouveaux dirigeants et constitue une bête noire pour Donald Trump.
Anna Gomez, l'unique commissaire de la FCC (régulateur des télécommunications) non nommée par Trump, a dénoncé « un nouvel exemple troublant de la capitulation des entreprises face à la vaste campagne menée par cette administration pour censurer et contrôler ce qui se dit ». Cette intervention souligne la gravité des atteintes à la liberté de la presse.
Changements éditoriaux controversés
Fin 2025, les nouveaux dirigeants de CBS ont placé à la tête de la rédaction Bari Weiss, journaliste connue pour ses critiques envers ce qu'elle qualifie de positions « woke » ou trop progressistes. Ses premières décisions ont immédiatement suscité la polémique, notamment lorsqu'elle a tenté de bloquer un reportage sur les expulsions brutales de migrants menées par l'administration Trump.
L'autrice du sujet avait alors dénoncé une « décision politique » avant que le reportage ne soit finalement diffusé. Ces orientations ont conduit de nombreux journalistes à quitter la rédaction de CBS, l'un des trois réseaux historiques de télévision américains avec NBC et ABC. Le climat de peur est tel que plusieurs journalistes contactés par l'AFP ont refusé de s'exprimer, même anonymement.
Des enjeux financiers colossaux
Selon Victor Pickard, spécialiste de l'économie des médias à l'université de Pennsylvanie, ces interventions éditoriales visent principalement à « apaiser ou s'attirer les faveurs de l'administration Trump en prévision d'une éventuelle acquisition de Warner Bros Discovery ». En 2025, Skydance - fondée par le fils du milliardaire Larry Ellison, fervent soutien de Trump - a obtenu l'approbation de la FCC pour racheter Paramount, maison mère de CBS.
L'accord incluait la promesse inédite que CBS s'attaquerait à des « biais » dans sa couverture éditoriale. Peu avant, Paramount avait accepté de verser 16 millions de dollars suite à une plainte de Donald Trump concernant la couverture de CBS, ce que Stephen Colbert a qualifié de « bon gros pot-de-vin ». Paradoxalement, le président américain considère cette acquisition comme « la meilleure chose qui soit arrivée depuis longtemps pour une presse libre et de qualité ».
CNN menacée par la concentration médiatique
C'est désormais CNN qui se trouve en ligne de mire. Si la vente de Warner Bros Discovery à Paramount Skydance est confirmée par la FCC, le propriétaire de CBS prendra le contrôle de la célèbre chaîne d'information en continu. Longtemps critiquée par Donald Trump pour ses positions jugées progressistes, CNN jouit d'une renommée internationale bien que ses audiences américaines restent loin derrière celles de Fox News.
Un scénario inquiétant pour l'avenir
Victor Pickard anticipe que « la famille Ellison fera avec CNN exactement ce qu'elle a fait avec CBS : s'en prendre au véritable journalisme, donner davantage de place aux commentateurs conservateurs et rapprocher le média des éléments de langage de l'administration Trump ». Christopher Terry, de l'université du Minnesota, redoute quant à lui un possible rapprochement éditorial entre CNN et CBS, réduisant ainsi la diversité médiatique américaine.
Le professeur met en garde contre l'approbation de la fusion entre des groupes aussi puissants que Warner Bros Discovery et Paramount Skydance, qui pourrait déclencher une vague de manœuvres similaires dans le secteur. « Une concentration toujours plus importante des groupes de médias aux États-Unis, c'est ça, le réel danger », insiste-t-il, soulignant les risques pour le pluralisme de l'information.
L'ombre portée de Donald Trump
Cette situation révèle l'influence grandissante de l'administration Trump sur le paysage médiatique américain. La nomination de Brendan Carr, fidèle du président, à la tête de la FCC a facilité l'approbation de fusions controversées. Les pressions économiques et politiques s'entremêlent désormais ouvertement, remettant en question les fondements mêmes de l'indépendance journalistique.
La profession s'inquiète de voir se multiplier les cas d'autocensure et de censure directe, tandis que les géants médiatiques semblent privilégier leurs intérêts économiques au détriment de leur mission d'information. L'avenir de la presse libre aux États-Unis se joue actuellement dans ces négociations opaques et ces changements éditoriaux imposés.



