Eric-Emmanuel Schmitt réhabilite Léopold Mozart dans son nouveau roman
Schmitt réhabilite Léopold Mozart dans son roman

Eric-Emmanuel Schmitt revisite la relation père-fils des Mozart

Dans son nouveau roman Juste après Dieu, il y a papa publié chez Albin Michel, Eric-Emmanuel Schmitt plonge avec une intimité déconcertante dans les heurts et malheurs de la famille Mozart. L'académicien Goncourt semble presque faire partie de cette famille tant sa compréhension des dynamiques internes est profonde et nuancée.

Une révélation musicale qui sauve

Cette proximité avec l'univers mozartien remonte à l'adolescence de l'auteur. À quinze ans, alors qu'il envisageait le pire, c'est l'Air de la comtesse des Noces de Figaro entendu à l'opéra de Lyon qui l'a sauvé. "La guérison par la beauté", résume-t-il aujourd'hui cette rencontre déterminante qui a scellé son destin d'écrivain et de mélomane.

La paternité comme déclic

Il y a deux ans, un nouveau déclic survient avec l'expérience de la paternité tardive. Ce vécu personnel lui fait reconsidérer complètement la figure de Léopold Mozart, longtemps vilipendée par la critique et l'opinion publique. Le père de Wolfgang était traditionnellement décrit comme un montreur de singes manipulateur, un exploiteur financier de ses enfants et même un castrateur de talents.

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À travers son roman, Schmitt propose une vision bien plus complexe. Certes, Léopold n'a cessé de briser les foucades de son fils, allant jusqu'à ne pas être informé du mariage de Wolfgang avec Constance Weber. Il a également maintenu sa fille Nannerl sous son joug. Mais l'auteur rappelle que la première tournée européenne de la famille – 80 villes en trois ans – visait avant tout à révéler au monde le génie précoce de Wolfgang, alors âgé de seulement six ans.

Un père exigeant mais lucide

Le vice-maître de chapelle et professeur de musique qu'était Léopold s'est rapidement rendu compte qu'il ne pouvait plus rien apprendre à son fils prodige. Il a alors organisé des rencontres en Italie avec les grands maîtres de l'époque. Sous la plume de Schmitt, Léopold apparaît comme exigeant – "Un Mozart ne doit jamais être médiocre" – mais aussi remarquablement lucide sur ses propres limites.

Loin du personnage sec et cassant de la légende noire, l'auteur dépeint plutôt un conseiller avisé pour un Wolfgang dépourvu d'entregent, souvent irrévérencieux et maladroit dans ses relations avec les puissants.

Une documentation exhaustive

En mélomane patenté et librettiste lui-même – l'opéra de Wallonie vient de lui commander un opéra – Eric-Emmanuel Schmitt a tout lu sur Mozart. C'est dans l'abondante correspondance du compositeur qu'il a déniché cette phrase écrite vers sept ou huit ans : "Juste après Dieu, il y a papa", qui donne son titre au roman.

L'auteur décrypte ainsi le parcours émotionnel : dévotion, rébellion, émancipation, et enfin réconciliation post-mortem. Il interprète la "plaisanterie musicale" composée par Wolfgang le jour de la mort de son père, le 28 mai 1787, comme une feinte : "Au moment de sa disparition, il a feint de détester son père, afin de se préserver du chagrin."

La réconciliation ultime

La réconciliation finale se manifeste en 1791 lorsque Mozart compose un Requiem en l'honneur de Léopold, tout en proclamant : "Il a su être un père. C'est moi qui n'ai pas su être un fils." Cette déclaration poignante résume toute l'ambivalence d'une relation qui a traversé toutes les émotions humaines.

Un hommage aux opéras

Le roman de Schmitt nous plonge avec délice dans les relations tourmentées entre le vice-maître de chapelle du prince-archevêque et le divin compositeur de Cosi fan tutte, de Don Juan et de La Flûte enchantée. Ce dernier opéra représente pour l'auteur un petit miracle : "Il y a là un accord du savant et du simple, une synthèse de la grande culture et de l'émotion directe populaire, peu d'auteurs atteignent ces sommets-là."

Après cette lecture, une envie farouche nous prend d'aller réécouter tous ces divins opéras, avec un regard neuf sur l'homme qui se cachait derrière le génie et sur le père qui a contribué à le révéler au monde.

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