Le premier long métrage de Khalil Cherti, « Ce qui nous mène à toi », entièrement tourné dans la métropole toulousaine, est présenté ce vendredi au Festival du cinéma méditerranéen (Cinemed) de Montpellier. Le film suit un couple dans son parcours de procréation médicalement assistée (PMA), une épreuve longue de trois ans, décrite avec force et justesse.
Un couple moderne face à l’infécondité
Charlie et Hicham, interprétés par Nina Meurisse et Sofian Khammes, sont follement amoureux. Le film s’ouvre sur leur mariage, une fête ensoleillée où ils apparaissent comme une reine et un roi. Mais la scène suivante plonge le spectateur dans une tout autre réalité : Charlie est à l’hôpital pour une hystérosalpingographie, une radiographie de l’utérus et des trompes de Fallope. Le diagnostic tombe : ils ne sont pas infertiles, mais inféconds.
Le récit s’attache à leur parcours d’aide médicale à la procréation pendant trois ans. Le film détaille avec rigueur les injections, les rapports programmés, les examens répétés. Pourtant, la PMA n’est pas traitée comme un simple sujet de société. Le cinéaste met en scène un couple confronté à un désir de parentalité sans cesse contrarié, avec un regard volontaire, positif et empathique, sans misérabilisme ni froideur clinique.
Une épreuve vécue à deux, mais différemment
L’épreuve est traversée à deux, mais chacun la vit dans sa chair et dans son âme de manière différente. Cette différence est d’autant plus difficile à accepter que le couple mixte a déjà fait un chemin généreux vers l’autre, ses origines, ses traditions, sa culture et son rapport au sacré. Le film montre finement cette réalité, ajoutant au désarroi des deux personnages.
Le long métrage les suit aussi dans leur vie professionnelle. Charlie travaille pour le CNAOP, l’organisme qui aide les personnes adoptées à retrouver leurs parents biologiques. Hicham, qui travaille dans la radio, enquête sur son père qui l’a abandonné à sa naissance et recueille les témoignages d’anciens collègues de l’usine où celui-ci travaillait. La question de la parentalité se retrouve ainsi partout, qu’elle soit refusée, fuie ou, comme pour les héros, désirée toujours vainement.
Un premier film déjà doublement récompensé
Khalil Cherti avait déjà été remarqué au Cinemed en 2021 avec son court métrage T’embrasser sur le miel, doublement récompensé. Avec « Ce qui nous mène à toi », il signe un premier long métrage joliment filmé, parfois drôle, souvent bouleversant, toujours juste. Le film est profondément politique dans sa manière de mettre en scène un couple d’aujourd’hui, entouré de proches ouverts et déconstruits, sans en faire un enjeu.
Le film touche à quelque chose de vertigineux lorsqu’il souligne que chaque échec dans le chemin vers la parentalité, chaque fausse couche, cache le deuil d’un avenir. Ce deuil n’est pas rien, mais une réalité avec laquelle il faut composer au présent et vivre. Une œuvre forte et attachante, à découvrir dans le cadre du festival montpelliérain.