Frédéric Beigbeder : une rencontre matinale pour un livre aux horizons multiples
Frédéric Beigbeder aurait-il définitivement changé ses habitudes ? En visite à Paris, ce n'est pas en pleine nuit mais à neuf heures du matin qu'il a accepté de nous rencontrer pour une interview – à Saint-Germain-des-Prés, tout de même, car certaines traditions demeurent. L'écrivain publie Ibiza a beaucoup changé aux éditions Albin Michel, un recueil de nouvelles où son alter ego romanesque Octave Parango entraîne le lecteur aux Baléares, mais aussi au Pays basque, à Londres, et jusqu'aux confins de la Finlande, en Laponie. Une destination surprenante pour cet homme souvent associé aux nuits parisiennes plutôt qu'aux paysages nordiques.
Un Européen aux réflexions inattendues
Au cours d'une conversation libre, Beigbeder revient sur ses souvenirs des cours à Sciences Po et sur les pays qu'il a découverts grâce aux traductions de ses œuvres. Il aborde également des figures littéraires comme Milan Kundera, l'état actuel de la Russie, et le scandale Epstein – un sujet qu'il avait anticipé dès 2007 dans son livre Au secours pardon. Derrière une frivolité apparente, l'auteur n'hésite pas à traiter de questions sérieuses.
L'Express : Après vos études à Sciences Po, vous aviez 24 ans lors de la chute du mur de Berlin. Que signifiait l'Europe pour le jeune homme que vous étiez ?
Frédéric Beigbeder : C'était le sujet le plus ennuyeux au monde ! Tous ces grands débats autour du traité de Maastricht… Ce qui m'intéressait, à l'époque, c'était de savoir s'il valait mieux sortir chez Castel ou aux Bains Douches. Je voyais l'Europe comme une superstructure bureaucratique grisâtre – comme toujours, les principaux bénéficiaires d'une utopie sont des ingrats et des enfants gâtés. Je me rappelle Mitterrand serrant la main d'Helmut Kohl en 1984, et nous répétant quelle chance les gens de mon âge avaient de grandir dans un monde sans guerre. Ça nous paraissait le minimum. Comment être galvanisé par la Communauté économique européenne ou par les montants compensatoires monétaires ? En service public à Sciences Po, on étudiait les droits de tirage spéciaux – je ne me souviens même plus à quoi ça sert.



