À Taïwan, une écolière face à la sauvagerie du quotidien
À Taïwan, une écolière face à la sauvagerie du quotidien

Le long-métrage Girl de la réalisatrice taïwanaise Wang Yun-mo, présenté à la Berlinale 2026, raconte le quotidien d'une écolière de 11 ans, Li, qui cherche à s'affranchir des violences ordinaires de son environnement. Le film a reçu le Prix du meilleur réalisateur dans la section Encounters, une distinction qui salue une œuvre sensible et radicale.

Un portrait d'enfance sous tension

Le récit se déroule dans la ville portuaire de Kaohsiung, au sud de Taïwan. Li vit avec sa mère, une femme épuisée par des heures supplémentaires, et son frère aîné, dont les accès de colère ponctuent les journées. À l'école, l'institutrice exerce une autorité rigide, réprimandant toute forme de fantaisie. Pour échapper à cette pression, Li s'invente un monde secret : elle collectionne des cailloux qu'elle range dans une boîte à chaussures, et observe les oiseaux qui nichent sur le toit de l'immeuble.

Wang Yun-mo, qui signe ici son premier long-métrage de fiction, a expliqué lors d'une conférence de presse à Berlin : « Je voulais montrer comment une enfant peut trouver des espaces de liberté dans un univers qui semble ne lui offrir aucune issue. » La réalisatrice, qui a passé son enfance à Kaohsiung, s'inspire de ses propres souvenirs pour décrire la chaleur étouffante, les marchés bruyants et les cours d'école où les adultes imposent leurs règles.

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Une mise en scène immersive

La caméra de Wang Yun-mo épouse le point de vue de Li : des plans serrés sur ses mains, ses pieds, ses regards furtifs. La lumière naturelle, souvent crue, renforce l'impression de réalité. Les scènes de classe sont filmées en longs plans fixes, où l'on entend les craies grincer sur le tableau et les chuchotements des élèves. Pour incarner Li, la réalisatrice a choisi la jeune Chen Shu-fang, repérée dans une école primaire de Kaohsiung. Sa performance, d'une justesse remarquable, a été saluée par la critique internationale.

Le film évite tout misérabilisme. La violence n'est jamais montrée frontalement, mais suggérée par des détails : une porte claquée, une insulte murmurée, une punition injuste. Cette retenue permet au spectateur de ressentir l'angoisse de l'héroïne sans tomber dans le spectaculaire. Le critique du Hollywood Reporter a noté que Girl « capture avec une délicatesse rare la manière dont les enfants absorbent les tensions du monde adulte ».

Un contexte social tendu

Le film s'inscrit dans un contexte social où la pression scolaire est extrême à Taïwan. Selon une étude du ministère de l'Éducation taïwanais de 2025, 78 % des élèves de primaire déclarent ressentir un stress lié aux examens et aux attentes parentales. Wang Yun-mo a déclaré : « Je ne voulais pas faire un film à thèse, mais je ne peux pas ignorer que beaucoup d'enfants vivent dans cette angoisse. »

Le personnage de Li est aussi une métaphore de Taïwan elle-même, île prise en étau entre ses traditions et sa modernité, entre la Chine et le reste du monde. La réalisatrice, qui a étudié à Paris, revendique une influence du cinéma de Maurice Pialat et de Kenneth Lonergan, pour leur manière de saisir les non-dits familiaux. Elle affirme : « Taïwan est un pays jeune, qui cherche encore son identité. Mes personnages sont des îles dans l'île. »

Une réception enthousiaste

Depuis sa présentation à Berlin, Girl a été acheté par une vingtaine de distributeurs internationaux, dont un important distributeur français. Il sortira en salles en France le 14 octobre 2026, sous le titre Girl, une enfance à Taïwan. Les premières projections en avant-première ont déjà suscité des files d'attente dans les festivals de Busan et de Toronto. Le film a également été sélectionné pour représenter Taïwan à la course à l'Oscar du meilleur film international.

Au-delà des récompenses, l'œuvre de Wang Yun-mo touche par sa justesse. Elle rappelle que la liberté est un luxe qui se conquiert, parfois à petits pas, comme ceux d'une fillette qui compte les jours avant de pouvoir quitter sa ville natale. Le dernier plan du film, où Li contemple la mer depuis le toit de son immeuble, est déjà considéré comme un moment fort de l'année cinématographique.

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