Abdeslam Ouaddou, ancien défenseur de Nancy, Rennes et Valenciennes, a vécu un parcours semé d'embûches pour obtenir son brevet d'entraîneur professionnel de football (BEPF). Dans un entretien accordé à L'Équipe, il affirme avoir été « recalé deux fois, avec des excuses changeantes à chaque fois » par la Direction technique nationale (DTN) de la Fédération française de football (FFF).
Des refus aux justifications contradictoires
La première tentative d'Abdeslam Ouaddou s'est soldée par un refus au motif qu'il n'était « que » coach en centre de formation. « On m'a donc dit que la DTN privilégiait des entraîneurs en charge d'équipe professionnelle », explique-t-il. Après une expérience sur le banc du Mouloudia d'Oujda, au Maroc, il retente sa chance. Cette fois, les responsables lui ont tenu un tout autre discours : « On m'a dit que j'avais un super profil, que j'avais longtemps joué en Ligue 1, que j'avais joué la Ligue des champions aussi, que je parlais plusieurs langues mais que… j'entraînais à l'étranger et que c'était un problème. C'est le serpent qui se mord la queue », regrette-t-il.
Ces contradictions laissent entrevoir, selon lui, un traitement discriminatoire. Le Franco-marocain estime que son profil de joueur formé en France et son expérience internationale auraient dû être des atouts, mais ils se sont transformés en obstacles. Il dénonce un système qui, à ses yeux, ferme la porte aux entraîneurs issus de la diversité.
Un parcours du combattant pour se former
L'ancien international marocain a également rencontré des difficultés pour poursuivre sa formation à l'étranger. La FFF a refusé de l'autoriser à s'inscrire dans un autre pays, sans fournir d'explication écrite. « J'ai demandé des explications par mail et je n'ai jamais eu de réponse, il ne fallait probablement pas laisser de traces écrites. En fait, on m'a empêché de travailler, incompréhensible », déplore-t-il.
Ce n'est qu'après avoir « montré les textes de lois » au directeur technique national Hubert Fournier qu'il a obtenu le feu vert pour finaliser sa formation en Allemagne. Une victoire arrachée de haute lutte, qui laisse une certaine amertume chez le technicien de 46 ans.
Un appel à la diversité dans le football français
Abdeslam Ouaddou ne mâche pas ses mots : « Quand la FFF aura compris qu'il faut un peu colorer les entraîneurs professionnels, les éducateurs, on aura avancé dans le pays ». Cette déclaration forte intervient alors que le football français est régulièrement pointé du doigt pour le manque de diversité dans ses instances techniques.
Aujourd'hui entraîneur des Orlando Pirates, l'un des plus grands clubs sud-africains, Ouaddou a su transformer cette épreuve en motivation. Il a remporté trois trophées avec le club de Johannesburg, une réponse éclatante à ceux qui doutaient de ses compétences. Son parcours illustre les difficultés rencontrées par de nombreux techniciens issus de l'immigration, contraints de s'expatrier pour réaliser leurs ambitions.



