La superstar taïwanaise Shu Qi, révélée au monde dans « Millennium Mambo » (2001) de Hou Hsiao-hsien, passe derrière la caméra avec « Girl », un premier long-métrage autobiographique. Dans un entretien accordé au journal, elle revient sur les circonstances surprenantes de ce passage à la réalisation : « Quand Hou Hsiao-hsien m'a suggéré de réaliser mon premier long-métrage, j'ai cru à une plaisanterie », confie-t-elle, encore visiblement étonnée de l'aventure.
Un coup de pouce inattendu en 2004
L'actrice, qui a marqué le cinéma asiatique par son éclectisme, explique que l'idée a germé après le tournage de « Three Times » (2005) de Hou Hsiao-hsien. « En 2004, après le tournage de “Three Times”, je n'avais pas de boulot », raconte-t-elle. C'est alors que le cinéaste, figure tutélaire du cinéma taïwanais, lui a proposé de passer à la mise en scène. Une suggestion qu'elle a d'abord prise à la légère, avant de se lancer dans un projet très personnel.
« Girl » : un récit intime et traumatique
« Girl », présenté en avant-première, dévoile un épisode traumatique de l'enfance de Shu Qi, marquée par la violence de son père. Le film explore la résilience d'une jeune fille dans un foyer dysfonctionnel, un sujet que l'actrice a longtemps porté en elle. « C'était une histoire que je devais raconter, pour moi, mais aussi pour toutes celles qui vivent des situations similaires », souligne-t-elle. Le long-métrage, qui mêle fiction et éléments autobiographiques, s'inscrit dans la lignée des œuvres intimes du cinéma d'auteur asiatique.
Une carrière éclectique et une maturation lente
Shu Qi, adulée en Asie depuis la fin des années 1990, a d'abord été tête d'affiche de films érotiques, puis chanteuse pop et championne du box-office. Sa collaboration avec Hou Hsiao-hsien dans « Millennium Mambo » a changé sa trajectoire, la consacrant actrice respectable. Depuis, elle a fait de l'éclectisme sa marque de fabrique, alternant productions populaires et films d'auteur. La lente maturation de « Girl » – près de vingt ans entre l'idée et le tournage – nuance le mythe des acteurs surmenés d'Extrême-Orient. « J'ai pris mon temps, parce que je voulais que ce soit juste », explique-t-elle.
Un message d'espoir et de résilience
Au-delà de son aspect autobiographique, « Girl » se veut un message d'espoir. La réalisatrice insiste sur l'importance de briser le silence autour des violences familiales. « Mon enfance a été difficile, mais j'ai survécu. Ce film est une façon de dire aux autres que c'est possible », ajoute-t-elle. Le long-métrage, qui a déjà été salué par la critique lors de sa présentation, devrait sortir en salles en 2027. Shu Qi, qui a également été mannequin et sex-symbol, continue de surprendre par sa polyvalence, prouvant que son talent ne se limite pas à la performance devant la caméra.
Une figure majeure du cinéma asiatique
À 50 ans, Shu Qi reste une figure incontournable du cinéma asiatique. Son passage à la réalisation marque une nouvelle étape dans une carrière déjà riche. Avec « Girl », elle rejoint la liste croissante d'acteurs devenus réalisateurs, mais avec une singularité : celle de puiser dans son vécu le plus intime. Le film, qui a été présenté au Toronto International Film Festival en 2025, a reçu un accueil chaleureux. Les spectateurs ont salué la justesse de la mise en scène et la sensibilité du propos. Shu Qi, visiblement émue, conclut : « Je suis fière de ce film, car il est le reflet de ce que je suis vraiment. »



