Le dixième long métrage de Nicole Garcia, "7 h 40 ce matin-là", a été présenté en clôture de la 48e édition du Festival du cinéma méditerranéen de Montpellier (Cinemed). Marion Cotillard y livre une de ses plus belles compositions, face au jeune acteur québécois Théodore Pellerin. Le film, un remarquable film noir en équilibre entre suspense intime et drame social, sortira en salles dans trois mois.
Un film noir à ombres multiples
Nicole Garcia, finalement, ne viendra pas à Montpellier. Mais son film, lui, est là, trois mois avant sa sortie, et quel film ! Il convient de ne pas trop en dire car une part de la beauté tient à la densité du mystère qui le hante et à la complexité des relations humaines qui le travaille, mais tentons.
"7 h 40 ce matin-là" s'ouvre quelque part dans la Drôme, dans la zone périurbaine d'une petite ville où débarque une femme, regard grave, posture raide, balluchon modeste. Alice, interprétée par Marion Cotillard. "C'est un nouveau départ ?", lui demande-t-on. C'est à peu près ça. Alice dit revenir en France après vingt ans au Québec. Elle trouve à se faire embaucher dans la cafétéria que fréquente le jeune mécano d'une vingtaine d'années d'un garage voisin. C'est lui qui l'intéresse. Milo, joué par Théodore Pellerin. Alice l'observe d'abord à distance, puis l'approche sans rien dire d'elle, le découvre et, ce faisant, aussi ses relations troubles avec la jeunesse dorée d'un manoir des environs. Milo est en quête de quelque chose, Alice aussi…
Une écriture rigoureuse et une mise en scène élégante
Cinéaste de l'inquiétude, de l'insécurité et du secret, Nicole Garcia réussit avec "7 h 40 ce matin-là" une nouvelle merveille de film noir à ombres multiples. Pour le dire autrement, son film âpre et tendu s'ouvre comme le portrait d'une solitude mutique, se déploie en drame psychologique plein de non-dits, s'élargit en chronique de mœurs, bifurque vers le thriller social, dézoome en une réflexion sur les idéaux et les désillusions, repique vers les rapports de classe… Encore une fois, on ne veut pas trop en dire mais si l'histoire coécrite par Nicole Garcia avec son scénariste de toujours, Jacques Fieschi, multiplie ainsi les intrigues et les niveaux de lecture, elle le fait avec une fluidité, si l'on ose dire, remarquablement sèche. Rien n'est surligné, tout est retenu, rien ne s'oublie… Jamais surtout elle ne perd de vue la relation entre Alice et Milo dont on comprend vite l'origine mais espère et craint jusqu'au bout l'issue.
Outre la grande rigueur de l'écriture de Nicole Garcia, exempte ici de tout romantisme, "7 h 40 ce matin-là" nous offre de nous délecter une fois encore de l'infinie élégance de sa mise en scène qui cadre avec la même hauteur la classe populaire, la grande bourgeoise ou la nuit interlope.
Une direction d'acteurs exceptionnelle
Enfin, il faut encore une fois souligner la qualité singulière de sa direction d'acteurs. Filmée pour la deuxième fois après "Mal de pierres" par Nicole Garcia (une première pour la réalisatrice), Marion Cotillard livre une de ses plus belles compositions de sa carrière. Face à elle, Théodore Pellerin, jeune acteur québécois révélé par "Nino" de Pauline Loquès, confirme sa subtilité. Dans des rôles qui n'ont de secondaires que le qualificatif, Artus, Laure Calamy, Charles Berling, Alexis Manenti, Anne Brochet ou encore Eric Elmosnino sont également remarquables.
Les ombres que leurs personnages charrient aussi ajoutent à la puissance de la rare lumière de ce film noir travaillé par un secret espoir de lendemain…