Sorti le 17 juin dans les salles françaises, le film d'animation Jim Queen a dépassé les 232 000 entrées en trois semaines, un chiffre qui continue de grimper. Ce long métrage français, coréalisé par Marco Nguyen et Nicolas Athane, est distribué par The Jokers Films. Thomas Legal, directeur de la programmation chez ce distributeur, qualifie le film de « phénomène ».
Une comédie qui parodie l'hétérosexualité
Le scénario, signé Simon Balteaux et Brice Chevillard, suit Jim Parfait, une star du milieu gay parisien, frappé par « l'hétérose », une maladie qui transforme les hommes homosexuels en hétéros. Les symptômes incluent un intérêt soudain pour le football, une perte du goût vestimentaire et des tablettes de chocolat qui fondent. Aidé de Lucien, un twink, Jim tente d'empêcher l'extinction de l'homosexualité.
Le film assume des influences comme Les Nuls et South Park, avec un humour potache et grinçant qui caricature les gays cis et blancs. Nicolas Athané explique à France Culture : « Une partie de l'équipe est gay, l'autre hétéro. Cela nous a permis de traduire cet univers pour des gens qui ne le connaissent pas. »
Un succès porté par le bouche-à-oreille
Sur AlloCiné, le film obtient une note moyenne de 4,3 sur 5, basée sur 1 806 votes. The Jokers Films a misé sur une stratégie de déploiement progressif : 95 écrans la première semaine, principalement dans les grandes villes, puis 113, 156 et 256 écrans les semaines suivantes. « Les spectateurs se mobilisent aussi dans les petites et moyennes villes », se réjouit Thomas Legal.
Florian Ques, journaliste chez Têtu, confie à 20 Minutes : « L'humour est très référencé mais te prend par la main. Tous les codes gays sont bien prémâchés. Par moments, c'est un peu cracra, avec de gros sabots, donc ça peut plaire à un public très large. »
Des critiques de la communauté LGBT+
Certaines voix de la communauté LGBT+ reprochent au film de se focaliser sur les gays cis et blancs, invisibilisant les bis, lesbiennes, personnes trans, LGBT de couleur ou handicapées. Florian Ques estime qu'il faut entendre cette critique sans la diriger uniquement vers Jim Queen : « Elle exprime la détresse du manque de représentation dans les productions françaises. »
Le film a été difficile à financer. David Alric, fondateur du studio d'animation Bobbypills, déclare à Têtu : « Tout le monde disait que le projet était malin, drôle, percutant… Mais quand il s'agissait de s'engager, il n'y avait plus personne ! » Simon Balteaux ajoute : « Certains allaient jusqu'à nous sortir qu'ils avaient un ami gay et qu'il n'était pas du tout comme ceux de notre scénario. »
Un budget contraint
Le budget réduit a limité la durée du film à 85 minutes. Florian Ques explique : « Le studio Bobbypills a mis une grosse partie de ses économies. Il y a eu deux campagnes de financement participatif. Avec un budget réduit, l'animation est réduite. » L'équipe a dû couper l'histoire lesbienne de Nina, la meilleure amie de Jim, faute de temps d'animation.
Malgré les critiques, le succès du film est une bonne nouvelle pour la création française. Florian Ques espère que cela « fera comprendre aux diffuseurs frileux, voire homophobes, qu'il y a un public pour ce genre de films, qui ne se limite pas à la communauté queer. »
L'historien du cinéma Didier Roth Bettoni, sur France Culture, qualifie Jim Queen de « comédie extrêmement drôle et très bien vue », et note une « réappropriation par les gays et les lesbiennes de leur image dans le cinéma d'animation ». Il cite également le film australien Lesbian Space Princess comme autre exemple récent.



