En 1977, la sortie de « Taxi Driver » de Martin Scorsese a provoqué une onde de choc dans le monde du cinéma et bien au-delà. Ce soir, à 20h50 sur TCM Cinéma, les téléspectateurs pourront redécouvrir ce film fondateur qui a marqué toute une génération. Avec Robert De Niro dans le rôle de Travis Bickle, le film a non seulement révélé un immense cinéaste, mais a aussi influencé la société des années 1970 de manière inattendue.
Pendant une brève période, tous les chauffeurs de taxi se sont pris pour Robert De Niro. La mâchoire serrée, le regard cruel, les mains nerveuses, ils regardaient dans le rétroviseur avec des poses d'hommes dangereux. Emile, le taxi de la porte des Lilas, qui avait perdu la plupart de ses dents dans une bagarre avec sa femme (elle l'avait attaqué au rouleau à pâtisserie), posait son coude sur le siège passager et, se retournant vers le client, demandait : « C'est pour l'enfer ? » avec l'accent de Pézenas. Ce qui donnait : « Cèè pou l'anfferra ? » Personne ne comprenait qu'il venait de voir « Taxi Driver ».
Une mythologie urbaine nouvelle
D'autres chauffeurs avaient décidé de s'armer. Mais il n'était pas évident de trouver l'énorme Magnum 357 de De Niro : certains se rabattaient sur des couteaux à éplucher, d'autres sur des nunchakus. Quelques pare-brise furent ainsi fracturés héroïquement. Kader, qui travaillait à la G7 depuis mai 1968, avait trouvé un Magnum. Mais en jouet. Curieusement, l'aspect métaphysique du film de Scorsese était diminué par cette légère entorse : avec un pistolet à eau, on avait du mal à croire à la plongée dans le mal.
On ne dira jamais assez l'influence de « Taxi Driver » sur la société des seventies. Le film était puissant, et tous les spectateurs comprenaient que le péché et la folie étaient la même chose, que la rue était l'empire du crime, que le chemin de la sainteté passait par l'abjection. D'un seul coup, on découvrait un cinéaste immense, nerveux, asthmatique, dévoré par le cinéma : Martin Scorsese. Dans une scène du film, on l'apercevait, avec son collier de barbe, surveillant une fenêtre. Élevé dans le quartier de Little Italy, à New York, issu d'une famille sicilienne très modeste, rongé par la religion et la passion des images, il inventait, avec « Taxi Driver », une nouvelle mythologie urbaine.
Les jeunes-turcs du Nouvel Hollywood
Son scénariste, Paul Schrader, était un puritain fasciné par la violence et la pornographie. On les rangea dans la catégorie des jeunes-turcs du Nouvel Hollywood (avec Coppola, De Palma, Spielberg). Or ni Scorsese ni Schrader n'avaient mis les pieds à Hollywood. Quarante-huit ans ont passé : Scorsese est immense, Schrader a sombré dans la médiocrité, Kader a pris sa retraite au soleil et Emile cultive des poireaux dans son jardin, à Dreux.
Le visionnage de cette vidéo est susceptible d'entraîner un dépôt de cookies de la part de l'opérateur de la plate-forme vidéo vers laquelle vous serez dirigé(e). Compte-tenu du refus du dépôt de cookies que vous avez exprimé, afin de respecter votre choix, nous avons bloqué la lecture de cette vidéo. Si vous souhaitez continuer et lire la vidéo, vous devez nous donner votre accord en cliquant sur le bouton ci-dessous.
Diffusion ce soir
Mardi 4 août à 20h50 sur TCM Cinéma. Drame américain de Martin Scorsese (1975). Avec Robert De Niro, Jodie Foster. 1h50. (En multidiffusion et à la demande).



