Clayface : le méconnu de DC devient le héros d'un film d'horreur
Clayface : le méconnu de DC devient héros d'un film

Clayface, « gueule d'argile » en français, n'est pas seulement un ennemi juré de Batman. Il est désormais le héros de son propre film, réalisé par James Watkins et coécrit par Hossein Amini et Mike Flanagan, à qui l'on doit la récente série Carrie. Dans ce long métrage, Tom Rhys Harries, épatant dans le rôle-titre, campe un jeune acteur prometteur dont la vie bascule après une agression qui le laisse défiguré. Contraint de subir un traitement expérimental pour tenter de retrouver son visage, il sombre dans la vengeance.

Un personnage méconnu des studios DC

Clayface n'est certes pas le plus connu des « méchants » des studios DC. Créé par Bob Kane en 1940 dans une première version « comics », il est apparu dans la série animée de 1992 où Ron Perlman lui prêtait sa voix, dans quelques épisodes de la série Gotham où il était interprété par Brian McManamon, dans la série Creatures Commando ou en figurine dans Lego Batman. Il est donc surprenant qu'il prenne la suite du Joker pour se voir consacrer un long métrage entier.

De l'horreur mais pas trop

L'idée serait venue à James Gunn, qui préside aujourd'hui à la destinée de l'univers DC, après avoir lu le script de Mike Flanagan. On comprend bien vite pourquoi, tant le personnage est vite attachant. Il n'est pas nécessaire d'être familier de Batman, ni de la bonne ville de Gotham où il fait sa loi, pour apprécier Clayface. Le film est vraiment une histoire à part entière qui se déroule avant que ce dernier croise le justicier au costume de chauve-souris.

Si vous cherchez un film de super-héros classique, mieux vaut passer votre chemin. James Watkins choisit le chemin d'un « body-horror » initiatique avec suffisamment d'effets pour faire frissonner sans forcer la dose, afin de ne pas effaroucher un public adepte de sensations moins corsées. Ce n'est donc pas dans son côté horrifique que se cache l'intérêt du film.

Un antihéros tragique

Sans doute poussé par Mike Flanagan dont c'est la marque de fabrique, James Watkins décortique le processus transformant un beau gosse souriant en être avide de vengeance. Le héros est d'abord ivre de colère contre les mafieux responsables de son malheur, avant d'étendre son ire à l'espèce humaine tout entière. Clayface brosse le portrait d'un monstre en devenir. Le charisme de Tom Rhys Harries apporte une densité réelle à un exercice pas vraiment nouveau : un comédien qui perd son physique sombre dans le désespoir parce qu'il n'a plus la possibilité d'exercer son métier.

Le film ne gomme à aucun moment l'aspect tragique du personnage, qu'il sublime lors d'une scène finale réussie. Pas besoin de rester après le générique : le film ne propose pas de séquence additionnelle. Le dénouement est parfait ainsi.

On sent que James Watkins a beaucoup pensé à La Mouche de David Cronenberg pour décrire l'itinéraire d'un homme qu'un destin funeste a rendu vénéneux. S'il n'a pas la virtuosité du roi David, son évidente sincérité fait de son film une excellente surprise qui donne envie de voir Clayface en découdre avec Batman dans un prochain opus.