Le film Des femmes comme les autres, réalisé par Dominique Cabrera, a été dévoilé en première mondiale lors du Festival du cinéma méditerranéen (Cinemed) à Montpellier. Cette œuvre, entièrement tournée dans la ville en mai 2025, est en lice pour l'Antigone d'or. Elle propose une réflexion sur le grand âge à travers l'histoire de deux voisines octogénaires, Simone et Jeannine, interprétées par Hélène Vincent et Yolande Moreau.
Une histoire simple aux enjeux existentiels
Simone et Jeannine partagent de nombreux moments, notamment la broderie pratiquée avec assiduité en club. Leur quotidien est bouleversé par l'arrivée de Léa, une aide à domicile imposée à Simone par sa fille, alors qu'elle estime ne pas en avoir besoin. Simone est troublée, tandis que Jeannine se sent soudainement pressée par l'urgence d'un travail de broderie très personnel, exclusivement en rouge. Par ailleurs, les deux femmes supportent difficilement les propos « badins que nauséabonds » tenus au club. Pour ces deux vieilles dames isolées, ces préoccupations sont existentielles.
Dominique Cabrera explique la genèse du projet : « Ce film est né du croisement d'une inspiration très documentaire – la vie concrète de ma mère dans cette rue à Montpellier, qui faisait de la broderie – et d'une rêverie autour des femmes, de l'art brut et de ce que c'est qu'être une vieille dame en 2026 et dire son mot », a-t-elle confié en marge de la projection.
Un tournage intégrant les travaux du tramway
Le film a été coécrit avec la scénariste montpelliéraine Anna Zisman. Le tournage s'est déroulé en mai 2025, en pleins travaux pour la ligne 5 de tramway. Dominique Cabrera a intégré ce chantier à son histoire plutôt que de le subir. La cinéaste, qui fréquente Montpellier depuis longtemps car une partie de sa famille y vit, souhaitait filmer la ville pour sa mixité, son mélange d'architecture classique et contemporaine, et sa lumière.
Pour la réalisatrice, Montpellier est plus qu'un décor : elle raconte déjà quelque chose. Mais elle n'est pas le sujet. « Je ne voulais pas surdramatiser, pas faire du cinéma au sens traditionnel du terme avec ces vies-là, avec ces vies minuscules », précise-t-elle. « Je voulais essayer de faire de la poésie, de rendre sensible la beauté de ces vies sans mettre toute une sauce autour (des musiques, des lumières, etc.). »
Des comédiennes prodigieuses au service d'un propos humaniste
Le film bénéficie du talent d'Hélène Vincent (Simone), de Yolande Moreau (Jeannine) et d'Éva Huault (Léa). Leur jeu est décrit comme prodigieux, imprimant à la pellicule une « magie supérieure du sensible et du sincère ». Dominique Cabrera affirme : « Mon objectif était de montrer que ces deux femmes étaient toujours vivantes, que même si dans leurs vies il ne se passait rien d'extraordinaire, elles n'étaient pas moins extraordinaires. »
La réalisatrice insiste sur la valeur humaine de ces personnages : « Ces deux vieilles dames sont invisibles, elles n'ont plus forcément de valeur aux yeux du monde mais elles en ont en elles-mêmes, elles ont une valeur humaine, point. » Elle ajoute que le film raconte comment, à un moment, elles réussissent à transformer la réalité, à cesser de la subir. « Simone dit son mot et ça compte. Jeannine, pareil, fait son ouvrage et c'est important. Tout ce qu'on fait compte même quand on n'a pas de valeur sociale ou marchande. »
Ainsi, Des femmes comme les autres est une histoire simple, faite de « trois fois rien », qui par son accomplissement, aussi minuscule soit-il, répare le monde. Le film est actuellement en compétition pour l'Antigone d'or au Cinemed, dont la 48e édition se tient à Montpellier.