Carrie : la relecture de Mike Flanagan sur Prime Vidéo
Carrie : la relecture de Mike Flanagan sur Prime Vidéo

Les huit épisodes de Carrie, mis en ligne mercredi sur Prime Vidéo, constituent une relecture et une réactualisation inspirée du premier roman culte de Stephen King. Le showrunner Mike Flanagan démontre une nouvelle fois son savoir-faire, entremêlant avec le juste dosage le drame humain et l’effroi. Le scénariste et réalisateur états-unien de 48 ans ne dispose peut-être pas de la recette du succès assuré, mais il connaît les bons ingrédients.

Des adaptations ambitieuses

Adapter à sa sauce des classiques de la littérature fantastique et horrifique a tout du projet casse-gueule. Mais Mike Flanagan n’a jamais trébuché. Qu’il revisite, pour Netflix, La Maison hantée de Shirley Jackson dans The Haunting of Hill House, Le Tour d’écrou d’Henry James dans The Haunting of Bly Manor, La Chute de la maison Usher d’Edgar Allan Poe ou, aujourd’hui pour Prime Vidéo, Carrie de Stephen King, il a toujours réussi à offrir une relecture contemporaine de ces récits sans que son entreprise paraisse opportuniste. Les œuvres citées ont connu plusieurs adaptations pour le cinéma ou la scène, mais les mini-séries signées Flanagan sont parmi les meilleures.

Le showrunner, dans une note adressée aux journalistes à l’occasion du lancement de Carrie, explique aimer « prendre une histoire existante, déconstruire ses éléments clés, et les utiliser pour construire quelque chose de complètement nouveau tout en respectant l’esprit de l’œuvre originale ». Dont acte.

Des personnages avec une vraie épaisseur

Mike Flanagan veille à offrir plusieurs dimensions aux protagonistes de ses fictions. Il ne les cantonne pas à des rôles de gentils ou de méchants archétypaux. Par exemple, dans Carrie, il ne présente pas (contrairement à Brian de Palma dans son film) la mère de l’héroïne comme une bigote au dernier degré aveuglée par son fanatisme. Il en fait une figure oppressante, certes, mais mue par l’envie de protéger sa fille. On est en mesure d’éprouver une forme d’empathie pour elle.

Autre exemple, côté cinéma, avec Ouija : Les Origines, sorti en salle en 2016, Mike Flanagan a réussi à donner une suite stimulante à un film sans grand intérêt. Il mettait en scène deux filles et leurs mères marquées par la mort du père et, lorsque des événements surnaturels se produisaient, ils étaient vécus comme consolateurs ou réconfortants.

Le drame avant la frousse

« Les personnages lui importent plus que les frayeurs. Les frayeurs surviennent de manière organique dans l’histoire », déclarait Stephen King au Washington Post l’an passé au sujet de Mike Flanagan. Ce dernier ne cherche en effet pas à faire peur pour le simple plaisir de faire sursauter. Il relève plutôt le défi de s’en servir pour émouvoir. « Il voulait concevoir un drame familial et parler de perte, de chagrin, de la manière dont on se débat avec notre enfance », expliquait l’acteur Oliver Jackson-Cohen au moment de la sortie de The Haunting of Hill House.

« C’est au final moins une série horrifique qu’un drama familial embarquant le public dans un train fantôme qui aurait remplacé les squelettes en plastique par des âmes au regard mélancoliques », écrivait-on. L’œuvre signée Mike Flanagan se reconnaît par les marottes récurrentes : le trauma d’enfance, les tensions familiales, le deuil, la foi et/ou la défiance envers la religion. Sur ce dernier thème, on recommande d’ailleurs Sermons de minuit, série Netflix issue d’un scénario original.

Une famille

Mike Flanagan a constitué autour de lui une tribu d’acteurs et actrices que l’on retrouve d’une fiction à une autre. Au casting de Carrie figure par exemple Samantha Sloyan, qui a joué dans toutes ses séries à l’exception de Bly Manor, et Rahul Kohli, juste absent de Hill House. Kate Siegel, son épouse, joue régulièrement sous sa direction, y compris de ses longs métrages. À savoir Oculus, Pas un bruit, Ouija : Les origines, ainsi que les adaptations de romans de Stephen King : Hush et Jessie pour Netflix, ou Life of Chuck sorti en salle l’an passé.

Mike Flanagan a d’ailleurs noué un lien professionnel solide avec l’écrivain états-unien, dont il a également porté à l’écran Doctor Sleep et qui est crédité comme producteur exécutif sur la série Carrie. Son projet rêvé serait une série inspirée d’un autre roman de Stephen King, La tour sombre.