Dans « La Dernière patiente » de Rémi Bassaler, Anouk Grinberg incarne Judith, une médecin généraliste de banlieue qui, la veille de son départ à la retraite, ouvre la porte de son cabinet à Aïda (Luàna Bajrami), enceinte de huit mois et en rupture de soin. Confrontée à un système de santé à bout de souffle, Judith accepte d’héberger la jeune femme et s’engage dans une nuit où toutes ses convictions de soignante seront mises à l’épreuve. Le film sort au cinéma ce mercredi 2 septembre.
Un retour très attendu pour Anouk Grinberg
Devenue rare au cinéma, l’actrice livre une prestation de choix dans la peau de cette généraliste qui tente de venir en aide à une future maman. « C’est une fable sur la sororité », résume-t-elle. « C’est un antipoison à l’indifférence ou à la violence du monde. » Interrogée sur son absence des premiers rôles ces dernières années, elle confie : « J’ai du bonheur à faire de bons films. Même si ce n’est pas le rôle principal, ce qui m’enthousiasme, c’est de prendre une place dans un projet où je sens la matière humaine émouvante ou étonnante. »
Pour se préparer à interpréter cette fonction de médecin, Anouk Grinberg a travaillé en amont avec le réalisateur : « Nous nous sommes beaucoup vus avec Rémi Bassaler pour affiner les scènes et les dialogues. Une fois qu’on laboure tout l’imaginaire d’un film, le jeu devient très instinctif. » Elle a également appris les gestes d’une accoucheuse auprès d’une sage-femme, appris à simuler l’asthme, échangé avec des infirmières et s’est inspirée d’une médecin qu’elle connaît bien. Judith, dit-elle, « est d’une grande rectitude, une guerrière des temps ordinaires qui ne se soumet à rien et combat l’indifférence du monde par tous les moyens ».
La violence masculine, un sujet traité avec subtilité
Le film aborde la violence masculine sur les femmes, un sujet traité par un réalisateur homme, une chose « pas si fréquente » selon l’actrice. Quand elle a lu le scénario deux ans avant le tournage, cette thématique était moins développée. « J’ai dit à Rémi qu’il fallait faire exister ce sujet sans le sous-traiter ni le sur-traiter », explique-t-elle. Aïda subit une violence sans forcément réaliser qu’elle n’est pas vivable ; Judith, de son côté, perçoit cette impasse et lui vient en aide sans être moralisatrice.
Au début, Anouk Grinberg pensait qu’il fallait rendre cette violence plus visible pour justifier que Judith bifurque et change la trajectoire de sa vie. Mais Rémi Bassaler tenait à ce qu’elle soit « à peine identifiable, à l’image de ce que vivent des milliers de femmes au quotidien face à des hommes en apparence propres sur eux ». Le film est « lumineux », selon elle, car il montre deux femmes qui disent non par leurs actes et se donnent mutuellement de la force.
Une évolution générationnelle face à la violence
L’actrice estime que la perception de la violence masculine et la prise de parole ont évolué entre les générations : « Le monde se réveille. Les femmes revisitent leur propre vie et dénoncent des situations qui étaient tellement habituelles qu’on les vivait comme un destin. » Elle ajoute : « C’est formidable que la fiction vienne relayer cet éveil. Ce n’est pas un film militant, mais c’est un film féministe. Les hommes réfléchissent davantage à leurs comportements et les jeunes générations sont plus averties et égalitaires que la mienne. »
Le film se déroule sur une temporalité très concise, une unité de temps qui a exigé une intensité particulière dans le jeu. « Mes années de théâtre m’ont peut-être aidée à construire ce personnage, car on y a l’habitude de tenir un rôle de bout en bout », confie Anouk Grinberg. « Mais Rémi voulait surtout qu’on ne “voie pas” l’actrice, qu’on passe par le chas de l’aiguille pour être extrêmement simples. Le comble du jeu, c’est de ne pas montrer qu’on joue. »
Un traitement de choc pour un duo d’actrices
Entre drame et thriller, Rémi Bassaler livre une histoire de sororité entre deux femmes de générations différentes qui, le temps d’une nuit, vont devoir faire face à l’adversité. Ce projet permet de retrouver Anouk Grinberg dans un premier rôle, elle qui s’était illustrée ces dernières années dans des personnages de soutien dans des films marquants comme L’Innocent de Louis Garrel, Tromperie d’Arnaud Desplechin et La Nuit du 12 de Dominik Moll. Elle y trouve une partition écrite quasi sur mesure, où elle incarne une médecin généraliste aussi fougueuse que bienveillante.
Sa Judith capte, d’un seul regard grâce à son expérience et son vécu, la détresse d’une jeune fille. Luàna Bajrami fait preuve de force et de fragilité pour faire face à l’inconnu et affronter son compagnon toxique, qui tente de la retrouver. Félix Lefebvre, dans la lignée de son interprétation dans Microstars, force le trait en cherchant la performance. De cette Dernière patiente, on retiendra principalement les performances du duo de comédiennes, dont on sent l’alchimie à l’écran, et la capacité du réalisateur à installer de la tension sans négliger le volet social ou médical. Le film, d’une durée de 1h20, reçoit la note de 3/5 de notre critique.



