Le 21 octobre 1967, le premier long-métrage de Claude Berri, « Le Vieil Homme et l'Enfant », sort sur les écrans français. L'histoire est simple : un enfant juif, Claude, est envoyé dans la France profonde pour échapper aux persécutions. Recueilli par un vieux paysan antisémite, incarné par Michel Simon, il vit une expérience fondatrice. Le rôle du petit Claude est tenu par Alain Cohen, un garçon de 14 ans qui ne se destinait pas au métier d'acteur.
Une rencontre déterminante avec Claude Berri
Alain Cohen naît le 4 mars 1951 à Paris. Il grandit dans un milieu où la culture est présente, mais rien ne le prédestine à la comédie. C'est Claude Berri lui-même qui le remarque lors des préparatifs du film. Le cinéaste cherche un enfant capable d'incarner son alter ego, celui qu'il a été pendant la guerre. En voyant Alain Cohen, il est frappé par son regard malicieux et son naturel.
Le jeune garçon ne passe aucun essai au sens technique du terme. Claude Berri lui demande simplement de parler de ses vacances, de son école, de ses dessins. Il est conquis par cette authenticité. Alain Cohen devient donc le petit Claude, un rôle autobiographique, pour le plus grand bonheur du cinéaste.
Sur le tournage, entre jeu et vie
Le tournage se déroule dans le sud de la France, notamment en Ardèche, dans les paysages silencieux de l'après-guerre. Alain Cohen n'a jamais joué devant une caméra. Claude Berri le laisse improviser, captant des expressions, des silences, des éclats de rire. À ses côtés, Michel Simon, géant du théâtre, l'accompagne avec une bienveillance rare.
Les souvenirs d'Alain Cohen sur cette période sont faits de lumières et de tendresse. Il racontera plus tard que Michel Simon lui apprit à observer les gens, à écouter les bruits du monde. Sur le plateau, les deux acteurs forment un duo improbable mais touchant. Le film, en noir et blanc, accentue la gravité du propos tout en laissant place à une enfance lumineuse.
Un succès critique et des décennies de transmission
« Le Vieil Homme et l'Enfant » est un triomphe : plus de deux millions de spectateurs se pressent dans les salles. Il est sélectionné pour représenter la France aux Oscars du meilleur film en langue étrangère en 1968. La critique salue un récit d'apprentissage qui mêle intime et collectif, sans jamais tomber dans le pathos. En anglais, le film est distribué sous le titre « The Two of Us ».
Le film s'inscrit dans une lignée d'œuvres qui abordent la Shoah à hauteur d'enfant, bien avant « Au revoir les enfants » de Louis Malle. Il est aujourd'hui étudié dans les écoles de cinéma et diffusé régulièrement à la télévision. En 2016, une version restaurée est présentée au public.
Une carrière éphémère, un destin singulier
Pour Alain Cohen, cette expérience reste une parenthèse. Après ce film, il apparaît dans deux autres longs-métrages, dont « Le Petit Matin » de Jean-Gabriel Albicocco. Mais il ne se sent pas fait pour une carrière d'acteur. Il se tourne vers des études de droit, puis rejoint le monde de la production et de la publicité.
Producteur et réalisateur, il travaille principalement dans les secteurs de la communication et du documentaire. Dans les années 1980, il produit des films institutionnels et des spots. Il collabore également à des projets historiques liés à la Seconde Guerre mondiale, comme pour prolonger le dialogue entamé dans son enfance. Il gardait, selon ses proches, une grande pudeur sur cette période de sa vie, et n'en parlait qu'avec les personnes de confiance.
Une mort discrète et un héritage intact
Alain Cohen s'éteint le 2 juin 2015 à Paris, à l'âge de 63 ans. Sa disparition passe relativement inaperçue dans les médias, mais le film qu'il a porté continue de marquer les générations. En 2026, à l'occasion du soixantième anniversaire du long-métrage, des cinémas français organisent des projections spéciales suivies de débats.
Le nom d'Alain Cohen reste indissociable de ce chef-d'œuvre, même s'il n'a jamais cherché à en vivre. Donner son visage au petit Claude, c'était s'inscrire dans la mémoire collective sans le vouloir. Une carrière éphémère, un héritage immense.



