Marlène Schaff révèle Petra, son alter ego drag queen sur les planches
Le public connaît Marlène Schaff en tant que professeure d'expression scénique à Star Academy. Désormais, elle s'expose sous les feux de la rampe dans le spectacle A Queen is Born, où elle incarne Petra, son alter ego à l'exubérance assumée et célébrée. « Je décris le show comme un "one-drag-musical-en-scène". C'est-à-dire une comédie musicale avec une seule personne qui s'avère être une drag queen », explique l'artiste de 43 ans.
Les dates à ne pas manquer pour découvrir Petra
Ce mercredi, elle donnera une première représentation à l'Alhambra, à Paris, où deux autres dates sont prévues les 15 avril et 19 mai. Elle se produira aussi du 4 au 14 juillet au Théâtre du Rouge-Gorge à Avignon et une tournée est en préparation. « Petra est à Marlène ce que Wonder Woman est à Diana. C'est un peu la même personne mais en version badass », avance la principale intéressée. Les secrets de la création de son personnage, dont la raison d'être dépasse les apparences fantasques, sont dévoilés ici.
La genèse de Petra sur le divan d'un psy
« Petra est née sur le divan de mon psy, en 2018. J'avais arrêté de chanter et de me produire sur scène. Je dédiais mon temps à coacher des artistes, ce que je faisais avec grande joie. Mais il est vrai que je perdais ma lumière puisque je donnais toute mon énergie aux autres, alors que la scène a toujours été l'endroit où je me rechargeais. Je sentais que j'étais en train de disparaître », confie Marlène Schaff. Dès que son psychologue évoquait son retour sur scène, elle explosait en sanglots et en colère. « Il m'a susurré cette idée : "Vous me parlez tout le temps de cabaret, des drag queens, des transformistes. Vous en avez marre de cette société codifiée et tout ça… Pourquoi est-ce que vous ne seriez pas drag queen ?" Je lui ai répondu que je ne pouvais pas parce que je suis une femme et que les drag queens sont des hommes, généralement homosexuels, qui se transforment en créatures féminines. Il m'a dit : "Mais selon qui ?" Ah, oui, en fait, selon personne. Vous avez raison, let's go ! »
Construire un personnage de rébellion contre les interdits
« Petra est le résultat de ma rébellion. Elle est née de tous mes interdits. La première chose qu'on m'a interdite en tant que femme, c'était de mettre ma poitrine en avant : "Cache-la, c'est vulgaire !" Donc, la première chose que j'ai faite, ça a été de trouver le corset qui me fasse pump up the volume le plus possible », révèle-t-elle. On n'aimait pas quand ses cheveux frisaient, alors Petra arbore une perruque frisée. On ne voulait pas qu'elle se maquille « comme un pot de peinture » ? Alors elle se maquille le plus possible. « Petra est une réponse aux injonctions apparues dès l'enfance, avec le harcèlement scolaire, puis, ont évolué en harcèlement sociétal. Je dirais que Petra est mon plus joli doigt d'honneur pailleté, avec un boa et des faux cils, adressé à tous les avis non sollicités qui n'ont de cesse d'éteindre la lumière de tout le monde ».
Le nom et les références de Petra
Le nom lui est venu facilement : « Je me suis tout simplement posé la question "Qui est ta drag ?" Elle est ma super héroïne et, avec tous les codes que j'utilise, je suis sur l'ultra-féminisme. Qu'est-ce qui représente cela ? Les Barbie. Etant franco-allemande, il y a une marque de Barbie allemand que mon papa me ramenait quand il allait travailler là-bas : les poupées Petra ». Concernant ses références, elle précise : « Quand ma Petra est venue au monde, on m'a dit : "O.K., maintenant que c'est la mode de "Drag Race", tout le monde va faire du drag". Mais moi, je n'ai pas attendu "Drag Race" pour savoir ce que c'est qu'une drag queen. En France, elles existent depuis longtemps, il y a une tradition de transformisme. J'ai fait mes classes en cabaret ».
Assumer sa légitimité en tant que femme drag queen
Marlène Schaff insiste sur la légitimité : « Je répète aux élèves que personne n'a à leur dire s'ils sont légitimes ou non. Mais, pour autant, je me suis dit qu'en tant que femme [cis] créant un personnage de drag queen, j'allais devoir l'assumer. Au début, c'est vrai, j'ai eu un petit peu peur. Mais j'ai eu le soutien de la communauté, de mes potes homos qui ont toujours été là ». Elle redoutait aussi les réactions de la communauté queer et lesbienne, se demandant pourquoi faire drag queen et non drag king. « Il a donc fallu que je sache exactement pourquoi je faisais les choses et comment les faire pour expliquer que mon propos n'est chargé que d'amour. C'est un hommage à toutes les femmes qui n'avaient pas le droit de monter sur scène de la Grèce antique jusqu'à Shakespeare. C'est un hommage à la communauté queer. C'est un hommage, aussi, à moi-même, pour faire briller ce que certains ont voulu éteindre pendant des années ».
Les retours du public et l'impact de Star Academy
« J'ai déjà joué le spectacle l'an passé à Avignon. J'ai eu la chance d'avoir des merveilleux retours de tous les gens qui sont venus voir le spectacle. Je remercie la "Star Ac" de m'avoir mis un coup de projecteur qui a fait que des gens, qui n'auraient peut-être jamais eu l'idée de venir voir un spectacle comme le mien, poussent la porte par curiosité », partage-t-elle. Son plus beau cadeau est d'avoir un public de 7 à 77 ans. « Et je crois que le retour qui me touche le plus, c'est qu'hommes et femmes me disent : "En sortant de ton spectacle, je me suis dit que j'avais le droit." »



