Thierry Malandain intronisé à l'Académie des beaux-arts, une consécration pour la danse
Malandain académicien : la danse enfin sous la coupole

Une cérémonie historique pour la danse française

Le mercredi 6 avril 2022 restera une date mémorable dans les annales de la culture française. Thierry Malandain, chorégraphe renommé, a été officiellement installé en tant qu'académicien sous la coupole du Palais de Conti, siège de l'Académie des beaux-arts. Cet événement a été placé délibérément sous le signe du retour en grâce de la danse dans le cercle prestigieux des arts majeurs, réhabilitant une discipline longtemps marginalisée.

Un moment solennel sous les ors de la République

Le son des tambours de la Garde républicaine a résonné dans l'enceinte, tandis que la coupole surplombait une assemblée d'exception. Les huissiers en habits d'apparat ont guidé les invités, créant une atmosphère à la fois solennelle et émouvante. Thierry Malandain lui-même, visiblement touché par le cérémonial, est entré timidement sous les ors de la République, le visage tendu jusqu'aux premières paroles de Laurent Petitgirard, secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux-arts.

Face à lui, le monde de la danse était représenté par ses plus grandes figures : le chorégraphe Pierre Lacotte, l'ancienne directrice de l'opéra de Paris Brigitte Lefèvre, et le danseur étoile Hugo Marchand. Ses propres danseurs et les membres de l'administration du Malandain Ballet Biarritz étaient présents en nombre, aux côtés de sa famille. La sphère politique n'était pas en reste, avec la maire de Biarritz Maider Arosteguy, son prédécesseur Michel Veunac, et le député Vincent Bru.

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Le parcours exceptionnel d'un artiste discret

Dans son discours, Laurent Petitgirard a su cerner la personnalité atypique du nouvel académicien. « Calme, discret, réservé… Qui pourrait imaginer que cet homme qui semble si tranquille mène depuis quarante ans une aventure humaine et artistique d'exception ? » a-t-il souligné, évoquant le parcours remarquable de Thierry Malandain.

Le petit Thierry, initié à la danse par la télévision, n'a jamais ménagé ses efforts, cumulant études au lycée Racine et heures intensives dans les studios. « Vous faites vos devoirs dans les deux heures quotidiennes de transport. Rien ne vous pèse. La passion est là, déjà. » Cette passion ne l'a jamais quitté, le conduisant même à envisager une carrière de décorateur de théâtre après sa période de danseur.

Un tournant décisif fut son audition chez Jiri Kyliàn, pour qui il rêvait de danser. Bien que non retenu, cet échec relatif l'a poussé à fonder une compagnie à Elancourt, embryon du futur Malandain Ballet Biarritz. Aujourd'hui, ironie du sort, Thierry Malandain retrouve Jiri Kyliàn à l'Académie, où ce dernier est membre associé.

La danse basque à l'honneur sous la coupole

Contrairement à Laurent Petitgirard qui a illustré son propos avec des extraits vidéo de ballets, Thierry Malandain a opté pour le spectacle vivant. Il a invité sous la coupole des danseurs et musiciens basques, offrant une démonstration inédite. La compagnie Maritzuli, avec le danseur Jon Olascuaga et le violoniste Xabi Etcheverry, a interprété la « Gavotte de Vestris », rappelant que la danse fut jadis enseignée dans les régiments par des maîtres de ballet.

La cérémonie s'est conclue par un Aurresku, danse d'honneur basque, exécutée par Arthur Barat face au nouvel académicien, accompagné au txistu et tambourin par Sébastien Paulini. Un moment symbolique où la danse régionale rencontrait l'institution nationale.

Une discipline longtemps maltraitée par l'histoire

Thierry Malandain a profité de cette tribune pour retracer le traitement souvent négligent réservé à la danse au fil des siècles. Sous Louis XIV, fervent danseur, elle connut « une ascension au firmament académique », avec les ballets du roi qui permirent l'éclosion de talents comme Beauchamp et la naissance de la chorégraphie.

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Mais quelques décennies plus tard, la danse fut reléguée au rang d'accessoire, « la cinquième roue du carrosse ». Si elle fut longtemps l'apanage de la noblesse, l'armée la démocratisa via les gavottes. L'Académie royale de danse disparut avec la Révolution, et l'Académie des beaux-arts échoua à l'intégrer jusqu'en 2019, date de la création d'une section dédiée dont Thierry Malandain est le premier titulaire.

Pour ce défenseur fervent de son art, « Profane ou sacrée, car on peut aussi prier avec les jambes, la danse est communément l'expression de la joie puisque en temps de paix, le bonheur est ce qui se partage le mieux d'une personne à l'autre, d'un pays à l'autre. » Son intronisation marque ainsi une étape cruciale dans la reconnaissance académique de la danse, réaffirmant sa place parmi les arts majeurs.