Dans une tribune libre publiée ce dimanche, Laurent Caron, expert IA et leadership à l'Institut EuropIA de Sophia Antipolis, défend une intelligence artificielle (IA) qui reste au service de l'humain. Il souligne que l'IA, rebaptisée « superintelligence » par Donald Trump, figurait en tête de l'agenda de sa rencontre avec Xi Jinping fin septembre à Washington. Pour lui, « dire que l'intelligence artificielle accélère est un euphémisme ; c'est une vague qui déferle déjà sur nous ».
Une transformation déjà visible au quotidien
Laurent Caron observe que les compétences hier indispensables – maîtriser Excel, comprendre un texte en anglais, recruter des développeurs – le sont moins aujourd'hui. Grâce à l'IA, un rapport de direction se rédige en quelques minutes et un document se traduit en quelques secondes. L'IA dépasse déjà l'humain dans des domaines comme le calcul, la vitesse d'analyse et d'exécution.
L'auteur distingue plusieurs formes d'IA : les IA conversationnelles comme ChatGPT ou Claude, les assistants qui exécutent des consignes, et l'agent autonome capable de gérer une mission de bout en bout. Pour les utilisateurs avancés, ces « collaborateurs virtuels » infatigables peuvent travailler toute la nuit et mener plusieurs tâches de front. C'est cette forme d'IA qui cristallise les discussions, car le potentiel est considérable.
Des exemples concrets et des risques à encadrer
Laurent Caron cite le témoignage de Michel Lévy-Provençal, fondateur de TEDxParis, dans la préface de son livre : « Ces derniers mois, j'ai vu un essaim d'agents IA livrer en deux semaines ce qui aurait demandé six mois à une équipe de développeurs. » Il évoque aussi Jensen Huang, patron de Nvidia, qui imaginait en mars dernier que, d'ici dix ans, son entreprise compterait 75 000 collaborateurs pour 7,5 millions d'agents, soit un ratio de 1 collaborateur pour 100 agents.
Cependant, déléguer des tâches répétitives à l'IA n'est pas sans risques. Les agents ont besoin de garde-fous. Sans instructions et limites claires, un agent peut effacer des données ou divulguer des informations bancaires. L'agent est un formidable exécutant, mais il n'a pas d'éthique et n'ira jamais derrière des barreaux. L'humain reste seul responsable et conserve une longueur d'avance grâce à « l'intelligence chaude », principalement le jugement, le discernement, la capacité à trancher et l'empathie véritable.
L'intelligence hybride, une compétence clé
Pour Laurent Caron, il est essentiel que l'IA reste au service de l'humain. C'est la mission de l'Institut EuropIA, basé à Sophia Antipolis et présidé par Marco Landi, ancien président mondial d'Apple Computer. L'Institut sensibilise le grand public à travers des conférences ouvertes à tous, des rencontres avec des experts et des événements comme le World AI Cannes Festival.
L'auteur appelle travailleurs, recruteurs, chefs d'entreprise et étudiants à comprendre ce nouveau monde. « L'intelligence hybride, c'est cette nouvelle compétence qui consiste à piloter l'IA qui exécute », résume-t-il. Elle tient dans une équation simple : IH = IA + IN, soit l'intelligence artificielle qui exécute, plus l'intelligence naturelle qui décide. Concrètement, cela signifie savoir quoi déléguer à la machine et quoi garder pour soi, encadrer les risques, puis trancher en connaissance de cause.
La différence se voit déjà : imaginez deux coureurs sur la promenade des Anglais. Celui qui n'utilise pas l'IA court avec des bottes de plomb pendant que son voisin dispose de la meilleure paire de chaussures de sport. L'ouvrage de Laurent Caron, « L'intelligence hybride, le nouvel art de décider quand l'IA exécute », est publié aux éditions Eyrolles, 180 pages, 24 euros.