Il y a 60 ans, El Cordobes triomphait et était blessé à Las Ventas
Il y a 60 ans, El Cordobes triomphait à Las Ventas

La première corrida d'El Cordobes à Las Ventas

Le 20 mai 1964 est une date historique dans la tauromachie. Ce jour-là, Manuel Benítez, dit « El Cordobes », torée pour la première fois dans l’arène madrilène de Las Ventas. L’événement, attendu avec impatience par tous les Madrilènes, a débuté avec une demi-heure de retard en raison d’un violent orage survenu à l’heure du paseo. Les billets étaient épuisés depuis plusieurs semaines, et malgré la lutte contre les revendeurs, ceux-ci ont réalisé de belles affaires. Jamais un torero n’avait suscité autant de curiosité et de passion. On parlait partout du Cordobés, de ses succès étourdissants en province et à l’étranger, mais Madrid ne l’avait pas encore vu.

Un accueil chaleureux mêlé de sifflets

Accueilli au paseo par une grosse ovation, où se mêlaient quelques sifflets des irréductibles, El Cordobes reçut le premier taureau par un travail de cape sobre mais efficace. Il fit ensuite éclater l’enthousiasme des gradins en dessinant trois chicuelinas supérieures, les pieds rivés au sol. Après avoir reçu confirmation de son alternative par Pedrés, le matador plaça son adversaire au milieu de la piste et, seul, immobile, il commença une faena sensationnelle, immense, sans perdre un pouce de terrain. Aux derechazos et aux passes circulaires admirablement exécutées succédèrent des séries de naturelles magnifiques, dessinées avec temple et dominio, suivies de passes de poitrine effrayantes de serré, qui provoquèrent une tempête de bravos.

La tragédie survient

Le trasteo se poursuivit dans un rythme crescendo, l’homme complètement décontracté prenant le plus de risques possible pour convaincre ce public de Madrid, dont il sentait l’hostilité. Le public était déjà complètement troublé et définitivement conquis lorsque se produisit la tragédie. Grièvement blessé, El Cordobes fut transporté à l’infirmerie, où une première intervention fut pratiquée sur place. Le public lui accorda à l’unanimité une oreille. La partie était magnifiquement gagnée par l’indiscutable phénomène. Pedrés se chargea de liquider le brave animal et s’en tira avec rapidité. La corrida se transforma alors en un mano a mano entre Pedrés et Palmeña.

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Les détails de la blessure

Le docteur Maximo García de la Torre opéra El Cordobes d’un profond coup de corne à la cuisse gauche comprenant deux trajectoires de quinze centimètres, atteignant l’artère fémorale profonde et provoquant une très forte hémorragie, ainsi que d’un autre coup de corne au scrotum. L’Espagne attendit, heure par heure, des nouvelles du blessé. Il reprit l’épée à Cordoue le 13 juin et revint à Madrid pour la corrida de bienfaisance en juin, avant de triompher durant l’été dans les trois grandes arènes d’Aquitaine.

Cet article est à retrouver dans le livre « Un Siècle de corridas : les plus belles chroniques de Don Severo - Georges Dubos - Zocato - Don Pepe - Patrick Espagnet - Yves Harté - Pierre Veilletet » par Marc Lavie aux Éditions Sud Ouest.

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